Formule 1

Les tops, les flops et les interrogations après le Grand Prix de Chine

Mercedes vole, Ferrari patauge, Red Bull surnage, Haas coule

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Par A. Combralier

16 avril 2019 - 18:04
Les tops, les flops et les interrogation

Après chaque Grand Prix, Nextgen-Auto.com vous propose de retrouver les « tops » et les « flops » identifiés par la rédaction. Qui mérite d’être louangé ? Qui, au contraire, doit être critiqué ? Enfin, quels sont les points d’interrogation ou ambiguïtés, qui devront être suivis avec intérêt lors des prochains Grands Prix ? Découvrez-le ci-dessous !

Les tops

Top n°1 : Mercedes, triplé parfait

Trois doublés en trois courses, 130 points inscrits sur 132 possibles, Ferrari reléguée à 57 points au classement des constructeurs… Jamais, depuis Williams en 1992, une écurie n’avait frappé aussi fort dans un début de championnat, pas même Ferrari du temps de Todt et Michael Schumacher. Le bilan comptable de Mercedes est quasi-parfait – seuls les points des meilleurs tours à Bahreïn (Charles Leclerc) et Shanghai (Pierre Gasly) ont échappé aux ogres Mercedes.

Comme à Melbourne, et à l’inverse de Bahreïn, la victoire de Mercedes a été obtenue totalement grâce au rythme et à la performance pure des Flèches d’Argent. Les Ferrari ont toujours semblé naviguer à deux ou trois dixièmes, loin, trop loin. Mercedes a même pu économiser la mécanique, en faisant preuve d’une sérénité à toute épreuve. En courbe, la monoplace grise est nettement supérieure ; en vitesse de pointe, son retard ne paraissait pas aussi flagrant qu’annoncé. Pour couronner le tout, Lewis Hamilton a fait parler sa maîtrise technique en changeant légèrement son style de pilotage, arrivé au samedi : en difficulté vendredi, le Britannique s’est alors rapproché de Valtteri Bottas en qualifications, avant de maîtriser la course. Un début de saison de champions du monde.

Top n°2 : Alexander Albon, le rookie qui monte

Ce n’est pas si souvent que le 10e d’une course est élu pilote du jour, mais Alexander Albon ne l’a pas volé. Le Thaïlandais avait fait une erreur typique de rookie en fin des EL3 : dans le dernier virage, il avait trop attaqué, et fini dans les rails. Crash violent, dont il ressortit heureusement indemne – pas sa Toro Rosso, qui dut être reconstruite.

Parti des stands, le rookie a livré une course extrêmement solide – il a connu des EL3 de rookie, et une course de pilote d’expérience. Il a tout d’abord su profiter du rythme de course très satisfaisant de sa Toro Rosso, peut-être la meilleure des autres sur ce plan. Surtout, il a fait preuve d’une grande maîtrise : il a fait durer longtemps, plus longtemps que les autres, les tendres lors de son premier relais, pour ne faire qu’un seul arrêt. Avec des durs usés en fin d’épreuve, il a, de plus, très bien géré la pression et les drapeaux bleus pour résister au retour de Romain Grosjean, qui était sur une stratégie à deux arrêts. Maintenant, il ne faut plus commettre d’erreurs le samedi, pour que la moisson soit encore plus belle le dimanche… Pendant ce temps, Daniil Kvyat, parti 11e, était pénalisé – trop sévèrement – et est toujours à la recherche du déclic. Attention, Pierre Gasly !

Top n°3 : La stratégie proactive de Red Bull

Sur le plan stratégique, en course, Red Bull a bien rattrapé les erreurs commises en fin de Q3 samedi dernier. L’écurie autrichienne a tout le temps pris l’initiative, contraignant Ferrari à être dans la réaction. C’est Max Verstappen qui a déclenché la valse des arrêts aux stands, en tentant un undercut réussi sur Charles Leclerc, et presque réussi sur Sebastian Vettel. Le pari de Red Bull a bouleversé les plans de la Scuderia, qui s’y est emmêlée les pinceaux. Le résultat des courses est probant : Max Verstappen a obtenu la 4e place, alors que sa Red Bull valait probablement la 5e. Le Néerlandais pointe à la 3e place du classement général, le meilleur résultat possible étant donné les performances actuelles du châssis.

Red Bull a été également proactive, en Chine, avec Pierre Gasly. L’écurie autrichienne n’a pas hésité à prendre le risque d’un troisième arrêt pour Pierre Gasly en toute fin d’épreuve, pour chausser les tendres, et ainsi rafler, au nez et à la barbe de Sebastian Vettel, le meilleur tour de course. Red Bull a sûrement marqué deux ou trois points de plus que ce que valait réellement sa monoplace ce week-end ; des points qui vaudront peut-être cher…

Les flops

Flop n°1 : La gestion de course et la stratégie de Ferrari

Tandis que Red Bull maximisait les points, Ferrari a enchaîné consignes douteuses et mauvais choix tactiques. Au bout d’une dizaine de tours seulement, l’ordre a été intimé à Charles Leclerc de laisser passer Sebastian Vettel. L’Allemand pensait être plus rapide pour rattraper les Mercedes. Le résultat n’était pas flagrant. Dans l’affaire, Charles Leclerc perdit deux bonnes secondes. Pourquoi donner des consignes aussi tôt dans la saison et dans la course, au risque de jouer sur le moral du Monégasque ?

Ce n’est pas tout. Charles Leclerc a été laissé en piste trois tours de trop, après les arrêts de Max Verstappen puis de Sebastian Vettel. Pourquoi avoir tardé ? Ferrari a semblé hésité entre laisser le Monégasque en piste, et le faire rentrer… Mi-figue, mi-raisin, aucune raison. En conséquence, Charles Leclerc ressortit 11 secondes, un vrai gouffre, derrière la Red Bull. Ferrari n’a pas vu non plus venir le deuxième arrêt de Max Verstappen. Bref, la Scuderia a tout le temps subi la stratégie Red Bull, et s’est offerte une petite polémique au passage. Enfin, pourquoi ne pas avoir fait rentrer Charles Leclerc en toute fin d’épreuve, pour répondre à la manœuvre de Pierre Gasly ? Le Monégasque n’avait alors plus l’espoir de revenir sur Max Verstappen. Encore un week-end à l’envers !

Flop n°2 : Alfa Romeo, une fiabilité encore loin du compte

Grâce à la grinta et l’expérience de Kimi Räikkönen, Alfa Romeo a marqué des points à chaque épreuve. Mais aurait sans doute pu mieux faire avec une meilleure fiabilité. Rappelons que lors des EL2 à Bahreïn, les deux monoplaces avaient très peu roulé, pour problèmes techniques, alors qu’il s’agit de la séance la plus importante du week-end. Rebelote pour Antonio Giovinazzi en essais libres 1 à Shanghai, coincé aux stands. Frédéric Vasseur a expliqué que l’installation moteur dans la voiture avait été déficiente. En Q1, l’Italien ne réalisait que deux tours de sortie, sans tour chrono à la fin. Il souffrit en réalité du même problème que Charles Leclerc subit en course à Bahreïn, une perte d’un cylindre. Ferrari avait proposé un correctif à Alfa Romeo, mais faute de temps (en raison de la mauvaie installation moteur qui perturbait déjà l’agenda d’Alfa Romeo), le correctif n’avait pu être apporté à temps. Dommage. Le week-end d’Antonio Giovinazzi est donc tout à fait excusable…

De l’autre côté du garage ? Ce ne fut guère plus brillant. En fin de Q2, Kimi Räikkönen perdit soudainement de la puissance, ce qui amputa son chrono de deux ou trois dixièmes cruciaux pour rentrer en Q3. Beaucoup trop de problèmes en deux semaines ! Au moins, il y a de la marge pour s’améliorer.

Flop n°3 : Haas, cette fois c’est grave ?

Les Haas s’étaient qualifiées aux 9e et 10e rangs… faute d’avoir pu signé un tour chronométré en Q3. Dans le paddock, on continuait de rire du nouveau proverbe : « Haas a une voiture rapide, mais ne sait pas comment s’en servir ». Sauf qu’en course – et le constat est bien plus préoccupant – Haas n’a plus une voiture rapide. Ce n’est plus l’opérationnel qui coince, mais la performance pure. Depuis Bahreïn, la monoplace américaine est transparente en Grand Prix, loin derrière Renault, Toro Rosso, McLaren et même Racing Point.

Même avec deux arrêts aux stands, Haas n’avait ainsi pas un rythme satisfaisant à Shanghai. Pourquoi ? Un problème de réglages ? De pneus ? Haas cherche encore mais penche pour un problème d’appui aérodynamique ! Le châssis 2018 était ainsi mieux né, et finalement plus compréhensible, que celui de cette année. Haas va-t-elle trouver la clef du mystère ? Il le faut, sinon la promesse de cette saison tournera en désillusion.

On demande à voir…

Les stratèges et ingénieurs de piste vont-ils prendre moins de risques en qualifications ?

En fin de Q3, nous l’avons dit, ni Kevin Magnussen ni Romain Grosjean n’ont pu signer de tour chronométré, faute d’avoir franchi la ligne des stands avant la fin du chronomètre. Les deux Red Bull (qui avaient signé un premier temps) n’ont pu partir sur une deuxième tentative, pour des raisons similaires. Il faut dire que tous les pilotes étaient sortis au dernier moment, pour tenter de profiter d’une piste la plus gommée, ce qui représente un avantage d’environ un dixième à ce moment de la séance (où moins de voitures roulent). Un pari risqué… Sebastian Vettel a, lui, vu venir le loup, en débordant Max Verstappen, causant la colère du pilote Red Bull. Le muret des stands aurait néanmoins dû prévenir son pilote de l’imminence du danger.

A l’avenir, il est ainsi permis de se demander si les écuries vont toujours prendre autant de risques en jouant ainsi avec le feu. Sachant qu’une monoplace doit bien avoir trois secondes de retard sur une autre pour ne pas subir de perturbation aérodynamique, les maux de tête vont encore se multiplier sur les murets… Il est aussi possible de questionner le devenir de la règle tacite, selon laquelle un pilote qui s’apprête à s’élancer ne doit pas être dépassé par le pilote juste derrière. Max Verstappen l’a déjà annoncé : il considère que Sebastian Vettel et les deux Renault ont brisé cette règle à Shanghai…

Toro Rosso et McLaren auraient-elles pu avoir un meilleur rythme de course que Renault ?

Daniel Ricciardo a réussi à être le meilleur des autres en Chine, en gérant une avance de deux secondes sur Sergio Pérez en fin d’épreuve. Kimi Räikkönen semblait être, aussi, au niveau de ces deux monoplaces. La Renault n’avait ainsi pas un rythme supérieur nettement à Racing Point ou l’Alfa Romeo – mais Haas était bien moins rapide.

A quel point les Toro Rosso ou les McLaren auraient-elles pu tenir la comparaison, si leur début de course n’avait pas été chaotique (et si Alexander Albon n’était pas parti des stands) ? Vu le rythme de ces pilotes en l’occurrence, Daniel Ricciardo aurait certainement trouvé des clients de choix. Lando Norris (son fond plat étant endommagé, sa McLaren n’était pas aussi rapide) estimait même que Carlos Sainz aurait pu être le meilleur des autres à la régulière. Encore faut-il prendre un départ propre.

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