’Je vis dans une valise’ : Albon raconte les sacrifices imposés par le calendrier de la F1

Il ne passera que cinq jours chez lui d’ici la fin de la saison

’Je vis dans une valise’ : Albon raconte les sacrifices imposés par le calendrier de la F1
Auteur : Franck Drui
18 octobre 2026 - 12:59

Cinq jours seulement à son domicile monégasque entre le Grand Prix de Singapour et la dernière course de la saison : voilà ce qui attend Alex Albon dans cette dernière partie du championnat 2026. Entre les déplacements incessants, les décalages horaires, les engagements commerciaux et les exigences physiques des Grands Prix, le pilote Williams décrit un quotidien bien éloigné de l’image glamour associée à la Formule 1. Dans un entretien accordé au site de la F1, il dévoile ses méthodes pour préserver son sommeil, ses habitudes parfois insolites et les sacrifices personnels imposés par un calendrier qui pèse également lourdement sur les membres de son équipe.

La Formule 1 vient d’achever une série de trois Grands Prix consécutifs, commencée à Bakou avant de se poursuivre en Malaisie puis à Singapour. Un enchaînement particulièrement exigeant pour les pilotes et les équipes, contraints de traverser plusieurs fuseaux horaires tout en s’adaptant à des conditions climatiques et à des horaires de course très différents.

Entre l’Azerbaïdjan et l’Asie du Sud-Est, le paddock a avancé ses horloges de quatre heures. Mais les contraintes ne s’arrêtent pas au simple décalage horaire.

Si la Malaisie et Singapour partagent le même fuseau horaire, leurs programmes respectifs imposent des rythmes de vie radicalement différents : les séances se déroulent en journée à Sepang, alors qu’elles sont organisées beaucoup plus tard à Marina Bay, en raison du caractère nocturne du Grand Prix.

Pour Alex Albon, qui dispute sa septième saison en Formule 1, ces déplacements font désormais partie du métier. Cela ne signifie pas pour autant qu’il s’y soit complètement habitué.

Interrogé à propos de cette série de trois courses sur sa capacité à supporter de tels enchaînements, le pilote Williams reconnaît que les exigences du calendrier restent considérables.

"Non, cela fait vraiment beaucoup. Il y a les changements de fuseau horaire, auxquels nous devons évidemment tous faire face, puis il y a les exigences physiques des courses elles-mêmes, qui font une énorme différence."

"La Malaisie et Singapour sont les deux circuits les plus exigeants physiquement de toute la saison, et ils s’enchaînent directement. Cela représente un véritable défi pour nous."

"En plus de cela, nous devons modifier nos horaires entre la Malaisie et Singapour. Même si les deux destinations ne sont séparées que par une heure de vol, comme l’une accueille une course de nuit et l’autre une course de jour, cela représente environ huit heures de décalage dans nos rythmes qu’il faut gérer."

Pour le Thaïlandais, la préparation d’un tel déplacement commence donc bien avant son arrivée sur le circuit. Son manager travaille étroitement avec Williams afin d’organiser ses voyages, les obligations auprès des partenaires et les différents engagements de l’équipe.

Après Singapour, son programme comprenait également un déplacement en Thaïlande, lié notamment à ses attaches familiales avec le pays.

"Chaque année, j’essaie d’optimiser mes déplacements et mon niveau d’énergie. Vous n’imaginez pas le temps que mon manager passe à organiser mon emploi du temps et à discuter avec l’équipe."

"Nous avons des engagements à respecter auprès de nos partenaires et, en raison de mes origines thaïlandaises, je vais également en Thaïlande après Singapour. Cela finit donc par faire un programme très chargé."

Seulement cinq jours chez lui jusqu’à la fin de la saison

L’ampleur des contraintes devient encore plus frappante lorsqu’Albon évoque le temps qu’il pourra passer à son domicile de Monaco pendant les derniers mois de l’année. Il ne prévoit que cinq journées chez lui. Le reste du temps, il doit jongler entre les circuits, les hôtels, les déplacements professionnels et les activités liées à Williams.

"D’ici à la dernière course de l’année, je passerai cinq jours chez moi, à Monaco. Pendant la deuxième moitié de la saison, je vis pratiquement dans une valise. C’est étrange quand on y pense."

"Nous voyageons avec une grosse valise dans laquelle il faut prévoir des vêtements pour le froid, pour la chaleur, pour toutes sortes de conditions. Franchement, j’achète des choses pendant les déplacements, que ce soit des sous-vêtements, des chaussettes ou des tee-shirts unis, simplement pour tenir le rythme."

Le pilote Williams reconnaît même qu’il ne prend généralement pas la peine de défaire complètement ses bagages lorsqu’il arrive dans un nouvel hôtel. L’objectif consiste à limiter autant que possible le temps passé sur place, en privilégiant une arrivée tardive et un programme directement orienté vers le travail.

"Non, c’est tout le contraire ! Nous essayons de prendre l’avion le plus tard possible. Même lorsque nous revenons en Europe, nous retournons souvent au Royaume-Uni pour travailler dans le simulateur ou participer à des journées promotionnelles avec l’équipe."

Ces engagements laissent très peu de temps entre deux Grands Prix.

"Lorsque nous repartons, c’est généralement le mercredi soir, voire le jeudi matin pour une course européenne. Je ne passe pas beaucoup de temps à l’hôtel. Quand nous arrivons, je vais directement me coucher, je me réveille et je pars sur le circuit."

Pour rendre ces chambres successives un peu plus familières, le pilote transporte néanmoins plusieurs objets personnels. Certains sont relativement classiques, mais l’un d’eux est plus surprenant.

"À la place, j’emporte quelques objets de chez moi pour rendre l’endroit un peu plus confortable. J’ai un diffuseur d’huiles essentielles, mon iPad et une chaise pliante."

"Cela paraît vraiment étrange à dire, mais j’ai une chaise qui aide à favoriser le sommeil, et je l’emporte également partout avec moi."

Un médecin du sommeil et une routine très précise

Pour gérer les décalages horaires et les changements de rythme imposés par le calendrier, Albon travaille avec un médecin spécialisé dans le sommeil, en complément de son nutritionniste.

Le Grand Prix de Singapour constitue un exemple particulièrement révélateur de ces contraintes. Même si le pays partage le même fuseau horaire que la Malaisie, les séances organisées en soirée et pendant la nuit obligent les pilotes à décaler leurs heures de coucher, de réveil et de repas.

Avec sept saisons d’expérience, Albon estime toutefois avoir acquis une connaissance suffisamment précise de son organisme pour gérer une grande partie de ces adaptations lui-même.

"À ce stade de ma carrière, je n’ai plus besoin de beaucoup d’aide. Je sais ce que je dois faire."

"J’ai des lunettes qui filtrent la lumière bleue, des chewing-gums à la caféine et des masques pour les yeux. Je n’aime pas utiliser de compléments pour dormir, donc j’utilise de l’extrait naturel de griotte. Cela aide à favoriser la production de mélatonine et à s’endormir naturellement."

"C’est devenu un véritable art de précision. Je commence généralement à adapter mes horaires deux ou trois jours avant de prendre l’avion, de sorte qu’au moment où j’arrive sur le circuit, mon rythme soit à peu près cohérent."

Lorsqu’on lui demande ce qui lui manque le plus pendant ses longues périodes loin de chez lui, Albon ne cite ni un objet particulier ni une activité exceptionnelle.

"La routine me manque. Pour être honnête avec vous, ce qui me manque, c’est d’être normal. Lorsque je suis en déplacement, nous sommes très souvent sur un Grand Prix. Quand nous avons trois courses consécutives, nous prenons l’avion le dimanche soir et arrivons le lundi."

Même les activités les plus simples peuvent devenir compliquées pendant un week-end de course. Le pilote Williams explique notamment que sa notoriété, généralement relativement facile à gérer, devient plus contraignante lorsqu’il se trouve dans une ville accueillant un Grand Prix.

"Je le fais, mais ce n’est pas toujours aussi spontané de se promener en ville, de prendre un café ou de déjeuner quelque part. Je ne suis pas reconnu si souvent que cela, mais pendant un week-end de Grand Prix, les gens vous reconnaissent beaucoup plus. Il devient donc plus difficile de faire des choses normales. Ce sont ces choses-là qui me manquent."

"J’aime être chez moi, sans faire grand-chose. Les chambres d’hôtel peuvent aussi finir par donner une sensation d’enfermement, et c’est quelque chose avec lequel on peut avoir du mal."

"J’essaie de sortir et de m’entraîner, mais ce qui me manque, c’est la routine : me réveiller dans mon propre lit, aller dans la même salle de sport, retrouver mon café habituel, ce genre de choses."

Si son domicile principal se trouve à Monaco, Albon a également cherché à faciliter ses retrouvailles avec sa famille lorsqu’il revient au Royaume-Uni.

Il dispose désormais d’un logement plus proche de la base Williams de Grove, ce qui lui permet de voir davantage ses proches et leurs nombreux animaux de compagnie. Auparavant, ses passages en Angleterre étaient souvent entièrement consacrés aux activités professionnelles, notamment au simulateur.

"Malheureusement, je ne vois pas beaucoup ma famille, et ce sont eux qui ont aussi tous mes chats."

"J’essaie de faire des efforts... Avant, je ne retournais même pas dans la maison familiale avant de travailler dans le simulateur, donc je ne les voyais presque jamais. Cette année, le fait de les avoir plus près m’a donné l’occasion de les voir beaucoup plus souvent, et cela a été un petit changement qui a fait une grande différence."

Les déplacements incessants ne présentent toutefois pas uniquement des inconvénients. Passionné de gastronomie, Albon a notamment commencé à partager davantage cet aspect de sa vie avec ses supporters.

Aux côtés de sa compagne, la golfeuse professionnelle Lily Muni He, il a lancé cette saison une série baptisée "Al-bon Appétit".

Le principe consiste à filmer leurs visites dans différents restaurants pendant les semaines de Grand Prix, puis à publier ces séquences sur les réseaux sociaux. Une activité qui lui permet de profiter davantage des villes traversées au fil du championnat.

"La nourriture est vraiment indissociable de la culture asiatique. Vous aurez du mal à trouver un Asiatique qui n’aime pas manger !" plaisante-t-il.

"Cela apporte aussi un peu de routine. Le mercredi soir, parfois le jeudi, nous cherchons un restaurant dans la ville. Nous trouvons un petit établissement célèbre pour une spécialité, ou un endroit dont nous savons que la cuisine est vraiment bonne, et nous nous sommes dit : ’Pourquoi ne pas filmer cela puisque nous le faisons de toute façon ?’"

Albon souligne également le rôle de Giovanni Moioli, qui accompagne le couple derrière la caméra.

"Giovanni est quelqu’un de vraiment très sympathique et il rend les choses naturelles. En réalité, c’est simplement nous trois qui dînons ensemble."

"C’est agréable de ne pas commander systématiquement un repas en chambre. Je sais qu’il y a beaucoup de pilotes qui passent tout leur temps dans leur chambre d’hôtel, alors que moi, j’aime sortir autant que possible."

Il reconnaît cependant, avec humour, que certains de ses collègues disposent de beaucoup moins de liberté lorsqu’ils souhaitent se promener incognito.

"Je pense que certains autres pilotes sont trop célèbres. Ils n’ont aucune chance !"

Albon rappelle que les mécaniciens vivent une situation encore plus difficile

Si Albon évoque ouvertement les contraintes de son quotidien, il tient également à rappeler que les pilotes ne sont pas les seuls à subir les exigences du calendrier.

Chaque déplacement mobilise une grande partie du personnel de Williams, des mécaniciens aux ingénieurs en passant par les membres chargés de l’organisation et du fonctionnement de l’équipe.

Et contrairement à ce que l’on pourrait imaginer, le fait de voyager avec les mêmes personnes pendant toute la saison ne crée pas nécessairement une vie collective permanente.

Interrogé sur le sentiment de retrouver une deuxième famille au sein de l’écurie, Albon explique que la réalité est plus complexe.

"C’est peut-être plus différent que vous ne l’imaginez. En réalité, nous sommes assez déconnectés les uns des autres à bien des égards. J’ai beaucoup de compassion pour l’équipe parce que, si vous regardez la situation dans son ensemble, je parle de mes difficultés et cela donne un peu l’impression que je suis en train de me plaindre pour rien."

"Les membres du personnel, particulièrement ceux de l’équipe de course, parcourent autant de kilomètres en avion que moi, mais ils ne peuvent pas voyager dans les mêmes conditions que nous ni séjourner dans des hôtels aussi confortables que les nôtres."

"Beaucoup d’entre eux sont plus âgés que moi et beaucoup ont une famille, des enfants. C’est difficile. C’est vraiment très difficile de passer autant de temps sur les routes."

"J’ai énormément de respect pour les personnes qui travaillent en Formule 1 et qui acceptent ce rythme. Certaines le font pendant vingt ans. C’est un mode de vie vraiment difficile."

Malgré les nombreuses heures passées ensemble sur les circuits, Albon reconnaît que les membres de Williams ne se retrouvent pas nécessairement chaque soir lorsqu’ils sont en déplacement. Les obligations professionnelles, les horaires différents et les besoins de récupération limitent les occasions de partager des moments en dehors du travail.

L’équipe essaie néanmoins d’organiser régulièrement des activités collectives afin de renforcer les liens entre ses collaborateurs.

"Nous ne passons pas autant de temps ensemble en déplacement que vous pourriez le penser. Cependant, nous faisons consciemment l’effort de nous assurer que, lorsque nous sommes réunis, nous partageons un bon dîner ou organisons quelque chose pour montrer notre reconnaissance."

"Lorsque nous allons à Austin, au Mexique et au Brésil, nous faisons en sorte que les pilotes participent à une activité avec eux. Nous en avons organisé une à Madrid, sur le circuit de la famille de Carlos, et c’était vraiment très amusant."

"Ces moments où nous sommes tous réunis en déplacement et où nous faisons une activité ensemble donnent vraiment l’impression de faire partie d’une grande famille."


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