L’algorithme du muret des stands : comment l’analytique prédictive dicte la stratégie pneumatique en course d’endurance

Une modélisation précise des données est essentielle

Auteur :
5 janvier 2026 - 09:40
L’algorithme du muret des stands : comment l’analytique prédictive dicte la stratégie pneumatique en course d’endurance

Dans le sport automobile d’endurance moderne, des 24 Heures du Mans à l’IMSA WeatherTech SportsCar Championship, le facteur déterminant ultime de la performance n’est souvent ni le moteur ni le châssis, mais les quatre surfaces de contact en caoutchouc reliant la voiture à la piste. Si les charges de carburant et les relais des pilotes sont réglementés, la performance des pneus reste une variable soumise à la dégradation, à la température et à l’usure. Maximiser l’efficacité des pneumatiques sur une course de plusieurs heures est devenu la tâche stratégique centrale, faisant passer la stratégie du domaine de l’intuition humaine à celui de l’analytique prédictive. Il en résulte l’algorithme du muret des stands : un modèle logiciel complexe qui détermine quand - et même s’il faut - monter des pneus neufs.

L’algorithme du muret des stands en action

L’algorithme stratégique fonctionne en exécutant en temps réel des millions de simulations de course potentielles, en prenant en compte chaque variable, depuis les chronos récents des concurrents jusqu’à la probabilité d’une intervention de la voiture de sécurité. Le point de décision le plus crucial est l’arbitrage entre le temps gagné grâce à des pneus neufs et plus rapides et le temps économisé en effectuant un « double relais », c’est-à-dire en utilisant le même train de pneus pour deux pleins de carburant. Changer les quatre pneus prend environ 8 à 15 secondes de plus qu’un arrêt aux stands classique ; un double relais réussi procure donc un avantage temporel considérable sur l’ensemble d’une course d’endurance.

Cela signifie que le modèle prédictif doit être capable d’évaluer avec une grande précision le temps perdu à cause de la dégradation des pneus par rapport au temps gagné grâce à un arrêt plus court. Il s’agit d’un compromis complexe, qui met en balance un gain de temps immédiat à court terme et une perte de performance cumulative à long terme. Ces calculs en temps réel reposent sur de nombreux flux de données et des outils probabilistes. C’est le même principe qui permet des décisions rapides dans les jeux en ligne, les plateformes sportives interactives, et même un casino en ligne. Les murets des stands cherchent à réduire la volatilité et la dépendance au hasard en s’appuyant sur des modèles plus performants.

Acquisition des données : modélisation de la courbe de micro-dégradation

Le fondement de toute stratégie efficace au muret des stands repose sur une modélisation précise des données pneumatiques. Les voitures de course de haut niveau sont équipées de systèmes de télémétrie sophistiqués qui transmettent en continu des flux de données aux ingénieurs de course. Cela comprend la surveillance de la pression et de la température de la carcasse du pneu, ainsi que l’utilisation de pyromètres infrarouges pour mesurer la température de surface de la bande de roulement. En analysant les différences de température sur la largeur du pneu (intérieur, centre et extérieur), les ingénieurs peuvent déterminer si la configuration mécanique du véhicule génère une usure inégale conduisant à une perte rapide d’adhérence, parfois appelée le « cliff du pneu ».

Le système prédictif intègre ces données issues des capteurs et les compare aux conditions de piste passées, aux variations de température autour du circuit et aux actions individuelles des pilotes afin d’estimer la durée de vie restante du pneu. Sur un relais de 14 tours, le modèle peut informer une équipe Hypercar du WEC que ses temps au tour vont se dégrader de 0,15 seconde à chaque passage. Il peut également prévoir le moment où le taux de détérioration grimpera à 0,5 seconde par tour, rendant plus coûteux de rester en piste que de gagner du temps aux stands. Ce contrôle précis de la courbe de gestion des pneus est indispensable pour maintenir des temps au tour constants.

Application concrète : le dilemme du double relais

Le double relais est sans doute l’expression la plus visible de l’analytique prédictive en sport automobile. Lors d’une course WEC de 6 heures sur piste sèche, si une équipe effectue quatre doubles relais, elle supprime deux changements complets de pneus, économisant jusqu’à une minute de temps dans la voie des stands. Toutefois, cette stratégie ne fonctionne que si la dégradation durant le second relais reste maîtrisable. L’algorithme doit établir que la perte cumulée de temps au tour sur ces deux relais - pouvant atteindre 12 à 15 secondes au total - est inférieure à la minute gagnée lors des arrêts.

Lorsque la prédiction indique une baisse des températures de piste ou une forte probabilité de drapeau jaune, le modèle privilégie généralement le double relais. En effet, des conditions plus fraîches ralentissent le rythme de dégradation des pneus, et l’intervention d’une voiture de sécurité annule les écarts de performance tout en optimisant la position en piste.


Nouveau : comment suivre au mieux l’actualité de notre site ?

Via notre nouvelle chaîne WhatsApp Nextgen-Auto.com !

Vous abonner (cliquez sur l’étoile pour mettre en favori) à notre Google News si vous utilisez l’appli Google Actualités sur votre smartphone.


Partage