Comment Red Bull a comblé un retard de 1,5 seconde pour retrouver la victoire
Waché raconte le développement intense de la RB22
Le développement intensif de la Red Bull RB22 a vu l’écurie basée à Milton Keynes passer d’un retard de 1,5 seconde en début d’année à deux victoires consécutives sur deux circuits très différents, et Pierre Waché a expliqué en partie comment cela a été accompli. Le directeur technique de l’équipe a en effet détaillé comment la feuille de route autour de la nouvelle monoplace est montée en puissance.
Comme McLaren F1, l’équipe de Milton Keynes avait travaillé sur sa RB21 jusqu’à la fin de la saison, et cela a causé un retard pour les deux teams, et en particulier pour Red Bull qui apprenait aussi à gérer son tout nouveau moteur Red Bull Powertrains conçu avec Ford.
Mais, après avoir commencé l’année à environ 1,5 seconde du rythme de Mercedes, les sourires sont de retour chez Red Bull, qui vient d’enchaîner deux victoires qui ont validé le travail mené par Laurent Mekies à la tête du team, et celui de Pierre Waché, le directeur technique.
"Le point positif est que nous avons orienté la voiture dans la bonne direction" a déclaré Waché a PlanetF1. "Je pense que toute l’équipe est frustrée parce que nous sommes ici pour gagner, et nous sommes ici pour montrer que nous pouvons nous battre pour le championnat. Et ce n’est pas le cas cette année."
"C’est très frustrant pour l’équipe, pour l’effort que les gens ont fourni, parce que peu importe votre niveau de performance ; tout le monde dans l’ensemble de l’équipe est au même niveau. Tout le monde pousse fort pour faire de son mieux, et nous n’avons pas fait de notre mieux, et il y a de la frustration dans notre équipe."
"Nous avons développé la voiture ; nous avons eu quelques problèmes avec la voiture – ce n’est pas un secret. Nous avons eu des problèmes avec la direction que nous avons réglés à Miami. Nous avons eu un problème de poids où nous avons également fait un régime."
"Nous savons clairement, dans la performance globale de la voiture, qu’elle soit mécanique ou aérodynamique, que nous sommes derrière d’autres. Nous avons développé dans ce sens et nous avons impliqué toute l’équipe pour faire l’effort d’y parvenir."
"Mais, après cela, le reste est aussi une performance relative. Je ne sais pas ce que fait Mercedes. Peut-être qu’ils ont aussi perdu quelque chose ; je ne sais pas. On ne dirait pas qu’ils ont beaucoup développé cette année. Nous avons développé dur, et nous sommes juste arrivés derrière eux."
"Ce n’est pas vraiment un succès, pour être honnête. Je ne veux pas être trop pessimiste, mais je suis réaliste sur là où nous en sommes. Vous savez, nous sommes ici pour gagner. Nous n’y sommes pas parvenus. Nous avons montré que nous sommes capables de revenir, mais nous n’avons pas encore atteint notre objectif."
Mais malgré ces progrès, Waché est convaincu qu’il y a une énorme marge de progression pour la RB22, et il préfère se concentrer sur ce qu’il reste à améliorer plutôt que ce qui a déjà bien fonctionné.
"Clairement, au début de l’année, on ne dirait pas que nous avions une force massive en termes de confort si l’on se fie à la radio du pilote. Je pense que nous avions une faiblesse fondamentale sur la voiture dès le départ dont, clairement, les pilotes n’étaient pas satisfaits en ce qui concerne ces multiples aspects."
"D’abord, c’est lié à la réglementation moteur qui est une frustration pour le pilote : lorsqu’ils accélèrent plus tôt, ils perdaient de l’énergie, et ce n’est pas gratifiant d’aller rééquilibrer la voiture en sortie de virage en remettant du gaz pour, après, accélérer plus fort, comme c’était le cas par le passé, ce qu’est normalement une voiture de course."
"Si vous perdez de l’énergie en faisant cela, vous avez une faiblesse à ce niveau-là, et peut-être que nous n’avons pas développé la voiture autour de cette réglementation sous cet aspect en termes d’équilibre."
"Clairement, le comportement dynamique (ride) de la voiture était un problème, et nous n’étions pas particulièrement bons sur cet aspect que nous devions développer. Au début de l’année, l’équilibre général de la voiture n’était pas formidable en ce qui concerne la déconnexion entre la haute vitesse et la basse vitesse."
"Je pense que, depuis Bakou, le nouveau package semble apporter un petit quelque chose à cette évolution de l’équilibre, et le groupe aéro a travaillé dur sur cet aspect. Vous voyez clairement moins de déconnexion, et la force de la voiture commence à se situer à basse vitesse, elle commence à être de mieux en mieux par rapport aux concurrents."
Celui qui rappelle qu’une équipe "voit ses forces en analysant ses faiblesses" ne voit pas en ce retour en forme une revanche sur des mois de difficultés pendant lesquels il était pointé comme le principal responsable des lacunes.
"Non, non, pas du tout. Je ne pense pas que cela dépende de moi. La performance que vous avez dans l’équipe ne dépend pas d’une seule personne. Adrian était une grande partie de notre équipe. Nous l’imitons dans ce que nous sommes et dans ce que je suis."
"J’ai beaucoup appris de lui, et nous travaillons sur la base de notre organisation, de l’ensemble du système, mais la performance de l’équipe dépend des personnes dans l’équipe, pas d’une seule personne. En tant que public, vous voyez les personnes en avant-première comme un aspect important. Je ne le pense pas."
"Je pense que les personnes les plus importantes sont celles que vous ne voyez pas du côté du public. Je suis ici pour faire mon travail. Je suis heureux avec l’équipe, et je suis heureux avec Red Bull elle-même, la façon dont ils me traitent et la façon dont le système fonctionne."
"Mais la chose principale qu’ils me donnent, c’est de donner la capacité à l’équipe de faire son travail, et la manière dont nous trouvons la performance. C’est dommage qu’il soit parti parce que je pense qu’il était une grande partie d’entre nous, non seulement en termes d’aspects techniques, mais en termes de culture et de capacité."
"Mais maintenant, il a un défi différent. Mais ce n’est pas seulement une personne, comme vous le voyez partout. Ce n’est pas moi qui gagne ou qui ne gagne pas, c’est Red Bull."
Concernant la courbe de progression du développement de la RB22, il confirme que l’approche était différente avec l’intégration d’un moteur fait maison, et raconte comment ces considérations ont joué sur la conception de la RB22.
"Il y a plusieurs facettes à la question. Avec ce type de réglementation aérodynamique, il est crucial d’identifier l’élément le plus déterminant en matière de packaging. C’est un exercice complexe, car la sensibilité est très élevée et la marge de manœuvre pour faire évoluer les surfaces est assez restreinte."
"Chaque détail devient alors primordial. Par ailleurs, l’intégration du moteur a représenté un véritable défi. Non pas que la collaboration avec notre équipe RBPT soit difficile, au contraire c’est une chance de travailler ensemble, mais il ne faut pas oublier que c’est une première. Nous devons apprendre, et nous avons été confrontés à des problèmes que nous n’avions pas anticipés."
"La gestion de l’énergie et le fonctionnement du moteur influencent considérablement le concept même de la voiture. Prenons l’exemple des freins : lors des simulations, on pourrait croire qu’ils seront peu sollicités au cours de la saison. Or, on réalise finalement que ce n’est pas forcément le cas, car le moteur peut agir en opposition aux freins pour récupérer de l’énergie."
"Il existe des interactions entre les différents concepts : des éléments que l’on n’avait pas prévus, ou du moins pas à un tel degré, qui impactent le développement de la voiture. C’est un apprentissage commun qui nous rendra plus forts, même si c’est peut-être un aspect qui nous a fait défaut au départ."
Alors que Ferrari ou Mercedes F1 bénéficient d’une vaste expérience en tant que constructeurs, Red Bull cherche encore à optimiser la synergie entre ses départements châssis et moteur. Toutefois, Pierre Waché tempère l’idée selon laquelle cette situation offrirait une plus grande liberté créative dans la conception.
"Je ne dirais pas cela. La marge de manœuvre dont nous disposons ne tient pas tant à la créativité des équipes qu’à notre capacité à discuter des compromis," a-t-il expliqué.
"Si nous optons pour telle solution, nous obtenons tel résultat. Le compromis entre le châssis et le moteur est pris en compte dès la conception, lorsque ces deux entités sont séparées, le compromis est souvent déjà figé. C’est là que réside l’essentiel."
"Au-delà de l’intégration technique, les délais nécessaires à la réalisation d’un moteur et ceux requis pour le châssis sont des processus totalement distincts."
"Il s’agit davantage d’une question de conception. Dans ce type de configuration, il est possible d’échanger et d’orienter les choix des deux côtés, contrairement à une situation où l’on fait appel à un fournisseur externe."
"Je pense que c’est au niveau de la conception que la collaboration évolue, bien plus que sur le seul aspect de l’intégration technique."
"Cela peut offrir un avantage, car la réactivité est accrue. Tout dépend toutefois des capacités du motoriste. En réalité, le fait de pouvoir échanger dès le départ permet d’aboutir à un meilleur compromis ou, pour être plus précis, à un choix parmi plusieurs compromis possibles. Vous êtes pleinement impliqué dans la définition de ce compromis."
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