Abu Dhabi 2021 : Horner salue Hamilton mais charge ’la machine médiatique’ de Mercedes F1
Pourquoi son respect pour Lewis a grandi après cette course
Près de cinq ans après le dénouement controversé du championnat du monde 2021, Christian Horner est revenu sur l’un des épisodes les plus marquants de l’histoire récente de la Formule 1. L’ancien directeur de Red Bull affirme que son respect pour Lewis Hamilton a considérablement grandi lorsqu’il a vu la réaction du Britannique après avoir perdu le titre face à Max Verstappen dans le dernier tour à Abu Dhabi. Horner estime toutefois que Mercedes a ensuite contribué à présenter Red Bull comme le méchant de cette affaire. Il révèle également avoir refusé une proposition de Niki Lauda pour prendre la direction de l’écurie allemande.
Le Grand Prix d’Abu Dhabi 2021 reste l’une des courses les plus controversées de l’histoire de la Formule 1. Alors que Lewis Hamilton semblait se diriger vers un huitième titre mondial, un record absolu, l’intervention tardive de la voiture de sécurité avait totalement bouleversé le scénario de la course.
Michael Masi, alors directeur de course de la FIA, avait autorisé seulement certaines voitures retardataires à reprendre leur tour, permettant à Max Verstappen de se retrouver immédiatement derrière Hamilton pour la relance du dernier tour.
Le Néerlandais disposait de pneumatiques neufs, contrairement au pilote Mercedes, et avait profité de cet avantage pour prendre la tête et remporter la course. Ce dépassement avait offert à Verstappen son premier titre mondial, au terme d’une décision de direction de course qui continue de susciter de vifs débats près de cinq ans plus tard.
Christian Horner, qui dirigeait alors Red Bull, est revenu sur cet épisode lors d’un entretien accordé au podcast High Performance dans le cadre de la promotion de ses mémoires qui sortent cette semaine.
L’ancien patron de Red Bull considère que les événements doivent désormais être acceptés tels qu’ils se sont déroulés. Il a notamment rappelé la manière dont Verstappen avait réussi à surprendre Hamilton lors de la relance.
"Ce qui s’est passé s’est passé. Il a effectué son dépassement dans un virage où Lewis ne s’y attendait peut-être pas, plutôt qu’au bout de la ligne droite."
"Il a réussi à conserver sa position, il a remporté la course. Et cela a provoqué une explosion de réactions, positives comme négatives."
La rivalité entre les deux pilotes et leurs supporters avait atteint son paroxysme, notamment sur les réseaux sociaux.
"Je veux dire, les réseaux sociaux sont remplis de Néerlandais, ils sont complètement hors normes à cet égard. Tous les supporters de Lewis Hamilton avaient le sentiment de s’être fait voler le titre."
Mais ce qui a particulièrement marqué Horner n’est pas seulement le résultat de la course. C’est aussi l’attitude adoptée par Hamilton dans les minutes qui ont suivi la perte d’un championnat qu’il semblait avoir remporté. Malgré sa déception, le Britannique était allé féliciter Verstappen et les membres de Red Bull.
"Et je dois dire que Lewis mérite vraiment d’être salué pour ce qu’il a fait ensuite, parce qu’après ce qui a dû être un moment horrible pour lui, il a réussi à garder son sang-froid."
"Il a serré la main de Max, il m’a serré la main, il nous a félicités, et son père a fait de même, alors que cela devait être un moment incroyablement difficile pour lui."
"Mon respect pour lui a donc grandi à ce moment-là."
Horner accuse Mercedes d’avoir construit un récit contre Red Bull
Si Christian Horner reconnaît la dignité affichée par Hamilton après la course, il conserve une lecture beaucoup plus critique de la communication menée ensuite autour du résultat.
Selon lui, la controverse a rapidement donné naissance à deux récits opposés, chacun porté par les supporters des pilotes concernés. D’un côté, Red Bull et Verstappen étaient célébrés pour leur premier titre mondial des pilotes depuis 2013. De l’autre, une partie des observateurs considérait que Hamilton avait été privé d’un huitième sacre par les décisions prises lors de la procédure de relance.
Horner estime que cette polarisation était presque inévitable.
"Mais cela a inévitablement créé un récit et, bien sûr, il est très facile pour ceux qui estiment avoir subi une injustice de s’appuyer dessus et de construire eux aussi leur propre version des événements."
"La machine médiatique de Mercedes est considérable. Ils ont mis en action une organisation importante, avec des personnes très expérimentées qui savent comment exercer une pression sur le système et actionner les bons leviers."
"Il était inévitable que certaines personnes vous perçoivent comme le méchant, particulièrement si elles soutenaient Lewis Hamilton. Et aux Pays-Bas, vous étiez un héros."
"Vous savez, vous vous battez de toutes vos forces pour votre équipe. Ce n’est qu’à Barcelone, cette année-là, au moment où les échanges avec le directeur de course ont commencé à être diffusés, que j’ai réalisé que Toto parlait directement à Michael Masi."
"Je me suis dit : ’Attendez, ça ne va pas. Vous mettez la pression sur l’arbitre, là’. J’ai donc dit à notre directeur d’équipe : ’Très bien. Établissez une liaison pour moi’."
"En 15 ans, je n’avais jamais parlé directement à Charlie Whiting ; tout passait systématiquement par le directeur sportif. C’est là que les choses ont commencé. Évidemment, si vous avez la possibilité de faire pression et de défendre vos intérêts, vous le faites... et la tension n’a fait que monter tout au long de cette année-là."
Évoquant à nouveau la finale d’Abu Dhabi, il ajoute :
"Lewis disposait de la voiture la plus rapide ce jour-là," a concédé Horner. "Il creusait l’écart sur Max, et ce, pendant 80 % de la course."
"Je me demandais : que vais-je dire à l’équipe ? Comment vais-je remonter le moral de tout le monde ? Non seulement nous avons perdu le championnat des constructeurs, mais nous étions sur le point de perdre celui des pilotes, tout à la fin."
"Nous avions tout mis en œuvre, et Sergio [Pérez] a réalisé une course exceptionnelle ; en tant qu’équipier, il a permis à Max de revenir dans la course et a mis Mercedes sous pression, les forçant à se demander s’ils devaient réagir ou non."
"Et puis, évidemment, Nicholas Latifi a eu son accident ; à ce moment-là, on savait qu’une voiture de sécurité allait intervenir. Nous n’avions rien à perdre en effectuant cet arrêt. Mercedes se retrouvait face à un choix cornélien : rester en piste ou passer aux stands. Ils ont opté pour la première solution, en partant du principe que la course ne reprendrait peut-être pas. À ce moment-là, c’était en soi un pari risqué, car l’accident ne semblait pas très grave et une voie de dégagement se trouvait à proximité."
"Ensuite, le directeur de course a d’abord annoncé qu’il n’y aurait pas de dépassement pour les voitures retardataires, avant de changer d’avis."
"Nous insistons sur le fait que ce n’est pas ainsi qu’un championnat devrait se conclure ; il y avait pourtant largement assez de temps pour permettre à toutes les voitures retardataires de se dédoubler."
"Il a pris une décision qui relevait de ses prérogatives, conformément au règlement, consistant à autoriser uniquement les voitures situées entre Max et Lewis à se dédoubler. Une procédure inédite, qui n’avait jamais été appliquée auparavant."
"Et vous connaissez la suite."
Horner aurait pu diriger Mercedes F1 à la place de Wolff
Bien avant Abu Dhabi 2021, les liens entre Horner et Mercedes auraient pu prendre une tournure très différente plusieurs années auparavant.
Dans ses mémoires, intitulés Drive, Christian Horner raconte qu’il a lui-même été approché pour prendre la direction de Mercedes en Formule 1.
L’épisode remonte à la fin de l’année 2012, alors que Red Bull venait de remporter son troisième doublé consécutif aux championnats du monde des pilotes et des constructeurs avec Sebastian Vettel.
À cette époque, Mercedes cherchait à renforcer son organisation afin de devenir une véritable candidate au titre. Niki Lauda, alors administrateur non exécutif de l’écurie allemande, aurait proposé à Horner de quitter Red Bull pour prendre les commandes de Mercedes.
Cette approche serait intervenue autour de Noël 2012, quelques mois après les discussions qui avaient conduit au recrutement de Lewis Hamilton. Horner avait lui-même échangé avec le Britannique lorsque celui-ci envisageait de quitter McLaren.
Mais il avait finalement renoncé à l’idée de l’associer à Sebastian Vettel, déjà triple champion du monde en titre chez Red Bull. Il avait alors orienté Lauda vers Hamilton, dont le transfert chez Mercedes avait été officiellement annoncé en septembre 2012.
Quelques mois plus tard, Lauda avait donc tenté de convaincre Horner de suivre le même chemin. L’ancien directeur de Red Bull raconte avoir été pris de court lorsque le triple champion du monde autrichien s’était présenté à son domicile.
Lauda lui aurait alors exposé une série de chiffres particulièrement impressionnants. Horner avait rapidement compris qu’il s’agissait de la rémunération que Mercedes était prête à lui proposer pour prendre la tête de son équipe.
L’argument de Lauda était direct : "Red Bull ne vous paiera jamais ce que Mercedes peut vous offrir."
Malgré cette proposition financière, Horner affirme avoir préféré rester fidèle à l’organisation avec laquelle il avait construit les succès de Red Bull.
Après avoir écouté les arguments de Lauda et réfléchi à son offre, il lui aurait répondu sans ambiguïté.
"Je ressens une loyauté envers Dietrich [Mateschitz] et envers l’équipe. Donc, même si j’apprécie ta proposition, je ne rejoindrai pas Mercedes."
Cette décision avait permis à Horner de poursuivre son aventure avec Red Bull. En 2013, l’écurie autrichienne avait remporté un quatrième doublé consécutif, confirmant sa domination avant l’arrivée de la réglementation hybride en 2014.
Après le refus de Horner, Mercedes s’était tournée vers un autre Autrichien : Toto Wolff.
Ancien pilote devenu homme d’affaires, Wolff avait rejoint l’organisation en 2013, alors que Ross Brawn occupait encore le poste de directeur d’écurie. L’année suivante, après le départ de Brawn, Mercedes avait adopté une organisation partageant les responsabilités traditionnellement associées à la direction d’une équipe.
Wolff s’occupait principalement des aspects politiques et commerciaux, tandis que Paddy Lowe se concentrait sur la gestion technique. Cette structure avait accompagné les premiers grands succès de Mercedes dans l’ère hybride.
Le constructeur allemand avait remporté les trois premiers de ses sept doublés consécutifs aux championnats des pilotes et des constructeurs à partir de 2014 avec cette organisation.
Lorsque Lowe avait quitté Mercedes avant la saison 2017, Wolff avait ensuite repris seul un rôle plus traditionnel de directeur d’écurie. Avec le recul, le refus de Horner apparaît donc comme l’un des choix qui auraient pu profondément modifier l’histoire récente de la Formule 1.
Red Bull avait conservé son directeur historique, tandis que Mercedes avait construit avec Wolff une période de domination exceptionnelle. Quelques années plus tard, les deux hommes se retrouvaient au cœur de l’une des rivalités les plus intenses de la discipline, jusqu’au dénouement controversé d’Abu Dhabi 2021.
Un épisode dont Horner conserve manifestement une lecture différente de celle de Mercedes, mais qui lui a aussi permis de découvrir une facette de Lewis Hamilton qu’il affirme avoir profondément respectée.
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