Antonelli : Le titre serait fou, c’est pour cela que je préfère ne pas y penser

"Il faudrait un week-end parfait" pour le sacre dès ce week-end

Antonelli : Le titre serait fou, c’est pour cela que je préfère ne pas y penser
Auteur : Franck Drui
22 octobre 2026 - 23:10

Kimi Antonelli pourrait entrer dans l’histoire de la Formule 1 dès ce week-end, à l’occasion du Grand Prix des États-Unis. À seulement 20 ans, le pilote Mercedes dispose d’une première possibilité mathématique de décrocher son premier titre mondial, au terme d’une deuxième saison exceptionnelle dans la discipline. Mais l’Italien refuse de se laisser distraire par cette perspective, conscient qu’il lui faudrait un week-end parfait et des contre-performances de ses principaux adversaires. À Austin, il est également revenu sur le rôle déterminant de son père, qui avait initialement tenté de le détourner de la compétition automobile pour lui éviter les désillusions qu’il avait lui-même connues.

Avec huit victoires et six autres podiums en 17 Grands Prix, Kimi Antonelli s’est imposé comme le principal prétendant au titre mondial 2026. Après une première saison d’apprentissage chez Mercedes, le jeune Italien a franchi un cap spectaculaire, au point de pouvoir devenir champion du monde dès le Grand Prix des États-Unis.

Le scénario reste toutefois particulièrement exigeant. Pour être sacré dimanche à Austin, Antonelli doit impérativement remporter la course, tout en espérant que son coéquipier George Russell, son plus proche poursuivant au championnat, ne termine pas au-delà de la neuvième place. Lewis Hamilton et Max Verstappen doivent également obtenir des résultats suffisamment modestes pour ne plus pouvoir le rejoindre mathématiquement.

Une combinaison de circonstances que le pilote Mercedes juge lui-même peu probable.

Interrogé ce jeudi à Austin sur la possibilité de devenir champion du monde dès ce week-end, Antonelli a reconnu que cette perspective avait quelque chose de difficile à réaliser.

Il préfère néanmoins conserver l’approche qui lui a permis de prendre la tête du championnat, plutôt que de modifier sa préparation en fonction d’un éventuel sacre anticipé.

"C’est fou quand on y pense, mais c’est justement pour cela que je préfère ne pas y penser."

"Pour moi, il faudrait un week-end parfait et que les autres obtiennent de mauvais résultats, ce qui a peu de chances de se produire. Bien sûr, tout peut arriver et c’est fou d’y penser."

L’Italien a notamment évoqué une discussion avec son ingénieur de course Peter Bonnington, surnommé "Bono", qui l’a encouragé à conserver une approche simple.

L’objectif est de ne pas laisser la pression du championnat modifier sa manière d’aborder les séances et la course.

"Nous avons eu une réunion avec Bono ce matin et nous nous sommes simplement dit : ’Amusons-nous’. Il faut toujours conserver le même état d’esprit que celui que j’ai eu toute l’année."

"Une course après l’autre, en essayant simplement de faire de mon mieux à chaque week-end. Ensuite, nous verrons. Mais évidemment, si je fais bien les choses, le résultat suivra."

Même si le titre ne se décide pas à Austin, Antonelli conserve une occasion historique de marquer la Formule 1. S’il est sacré cette saison, il deviendra à 20 ans le plus jeune champion du monde de l’histoire, effaçant le record établi par Sebastian Vettel en 2010.

"Je ne me souviens pas de Seb, j’avais quatre ans à l’époque. Désolé. Je me rappelle avoir joué avec des petites voitures Hot Wheels, mais je ne me souviens pas du moment où il a décroché le titre. Plus tard, en grandissant, j’ai vu la course, qui était d’ailleurs incroyable, vu le scénario, car la lutte pour le titre était extrêmement serrée entre tous."

Pour le pilote Mercedes, la différence entre sa première saison et sa deuxième campagne ne se limite pas aux performances de sa monoplace. Antonelli estime avoir profondément modifié son approche mentale de la compétition.

"Je suis dans une position incroyable. Cette année, compte tenu de la manière dont les choses se sont déroulées et de mes sensations dans la voiture pendant les week-ends, j’ai pensé que je pouvais avoir une chance de me battre pour le titre."

"Je me souviens que, lors de ma première saison, j’ai souvent essayé de forcer le résultat... Cette année, j’ai pris du recul, je me suis concentré sur les choses importantes et j’ai essayé d’en profiter autant que possible. Mentalement, je me suis clairement senti beaucoup plus heureux cette année que la saison dernière."

Cette évolution lui a permis de gagner en régularité et d’exploiter plus sereinement le potentiel de sa Mercedes.

Antonelli ne considère cependant pas que le championnat est déjà acquis. Il entend continuer à viser la victoire chaque fois qu’il prend la piste, tout en cherchant à terminer la saison sur une dynamique positive pour préparer 2027.

"Heureusement, je suis maintenant dans une très bonne position, mais nous devons continuer. L’état d’esprit reste le même : essayer d’être devant et de gagner autant que possible... Ce n’est pas terminé tant que ce n’est pas terminé, et c’est pourquoi mon objectif reste de gagner chaque fois que je prends la piste. On veut aussi terminer la saison sur une bonne note, pour aborder l’année prochaine avec beaucoup d’espoir."

Lors de la conférence de presse de jeudi, Lewis Hamilton a également salué les performances d’Antonelli cette saison. Le septuple champion du monde avait brièvement côtoyé le jeune Italien pendant sa dernière campagne chez Mercedes, en 2024, alors que celui-ci préparait son arrivée en Formule 1.

Interrogé sur ce que représenterait le fait de succéder à un pilote aussi titré que Hamilton au palmarès des champions du monde, Antonelli n’a pas caché son émotion.

"Ce serait un rêve. C’est quelque chose dont je rêve depuis que je suis tout petit. Déjà, me retrouver dans une telle position est incroyable, mais en même temps, je dois continuer à avancer et à attaquer."

"Ce n’est pas encore terminé. Nous allons d’abord essayer de finir le travail correctement, puis nous pourrons en profiter. Ce serait assurément un accomplissement incroyable, mais il reste encore un peu de chemin à parcourir."

Son père ne voulait pas qu’il devienne pilote

Malgré sa jeunesse, Antonelli semble donc déterminé à ne pas se laisser emporter par la perspective d’un premier titre. Une attitude qu’il attribue notamment au soutien de son entourage familial.

Antonelli a livré un témoignage personnel sur ses débuts en sport automobile. Son père Marco, ancien pilote devenu propriétaire d’écuries engagées notamment en GT italien et en Formule 4, occupe une place essentielle dans sa carrière.

Régulièrement présent dans le paddock cette saison, il accompagne son fils tout en continuant à gérer ses propres activités en compétition.

Mais contrairement à ce que pourrait laisser penser son parcours, Marco Antonelli ne souhaitait initialement pas voir Kimi suivre ses traces.

Le jeune pilote a expliqué que cette réticence provenait directement des difficultés rencontrées par son père au cours de sa propre carrière.

"Oui, mon père est comme mon roc. Avec ma mère et le reste de ma famille, c’est celui qui me connaît le mieux, et il sait comment me gérer dans certaines situations."

"Pendant mon enfance, il m’a appris tout ce qu’il savait, d’abord sur la course automobile, mais maintenant il m’enseigne davantage de choses sur la vie. C’est vraiment important pour moi d’avoir quelqu’un comme lui à mes côtés pendant les courses, surtout au cours d’une année aussi importante."

"Il fait des efforts incroyables pour trouver un équilibre entre son travail, son écurie et ses déplacements pour assister à mes courses. J’apprécie donc énormément ce qu’il fait pour moi."

Antonelli a ensuite expliqué que son père connaissait trop bien les difficultés financières du sport automobile pour encourager spontanément son fils à s’y engager.

"Mais quand j’étais petit, avant même que tout commence, il ne voulait pas que je fasse de la course automobile, parce que ce sport peut parfois être très cruel. Et sur le plan financier, c’est un sport extrêmement difficile lorsqu’on ne bénéficie pas du soutien nécessaire."

Le soutien de Mercedes a finalement joué un rôle déterminant dans la trajectoire d’Antonelli. Repéré très jeune par la marque allemande, l’Italien a bénéficié d’un accompagnement qui lui a permis de progresser depuis le karting jusqu’à la Formule 1.

"Je serai toujours très reconnaissant envers Mercedes, parce que c’est l’équipe qui a pris le pari de miser sur moi lorsque j’étais très jeune. Sans elle, je ne serais pas ici aujourd’hui, parce qu’elle m’a soutenu depuis le karting jusqu’à maintenant et m’a donné toutes ces opportunités. Sans elle, je ne serais probablement pas là."

Antonelli a alors précisé les raisons pour lesquelles Marco avait initialement refusé d’envisager une carrière de pilote pour son fils. L’ancien compétiteur avait lui-même dû renoncer à ses ambitions faute de moyens financiers suffisants, avant de créer sa propre structure.

"C’est pour cela que mon père ne voulait pas que je fasse de la course automobile. Malheureusement, lorsqu’il courait lui-même, il a dû faire face à cette réalité. Il ne bénéficiait d’aucun soutien financier et n’a pas pu poursuivre sa carrière de pilote. C’est pour cette raison qu’il a créé sa propre écurie."

"Il ne voulait donc pas que je coure, parce qu’il ne voulait pas que je connaisse les mêmes déceptions que celles qu’il avait vécues à l’époque. Cela avait été très difficile à accepter pour lui et il voulait simplement me protéger. Mais lorsqu’il a vu que j’étais passionné, il a décidé de tenter l’aventure."


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