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F1 - Le fossé entre les écuries de pointe et les autres s’est-il creusé depuis 2016 ?

Petite analyse arithmétique

10 août 2018 - 16h18, par Alexandre Combralier 

Pour Romain Grosjean, il n’existe pas actuellement un championnat de Formule 1, mais deux : une « Division 1 » avec les écuries de pointe (Mercedes, Ferrari et Red Bull) et une « Division 2 » qui rassemble toutes les autres écuries, de Renault à Williams.

Cette distinction peut certes paraître réductrice, étant donné que le fameux « milieu de grille » est composé d’écuries indépendantes à faible budget (Haas, Sauber, Force India, Williams) comme d’écuries d’usine (Renault) ou au budget plus important (McLaren).

Il n’en demeure pas moins que sur le plan de la performance pure, les écarts entre les écuries de pointe et les autres est impressionnant. C’est d’ailleurs pour rapprocher ces performances que Liberty Media entend introduire, à l’avenir, des budgets plafonnés.

En attendant, le constat que dresse Romain Grosjean s’est-il aggravé depuis 2016 ? Autrement dit, le fossé entre le « top 3 » et les autres s’est-il creusé depuis 2016 ?

La date de 2016 a été choisie comme point de référence ; en effet en 2014 comme en 2015, Williams, grâce surtout aux performances du moteur Mercedes, a pu faire illusion en dominant Ferrari ou Red Bull.

Nous avons choisi de comparer le pourcentage de points inscrits par toutes les autres écuries autres que Red Bull, Ferrari et Mercedes, aux points totaux marqués par les trois top-teams. La date de référence est le Grand Prix qui précède la pause estivale – Grand Prix d’Allemagne 2016, Grand Prix de Hongrie 2017, Grand Prix de Hongrie 2018.

A l’issue du Grand Prix d’Allemagne 2016 (12e Grand Prix de la saison) :

Mercedes (415) + Red Bull (256) + Ferrari (242) = 913 points inscrits.

Williams (96), Force India (81), Toro Rosso (45), McLaren (42), Haas (28), Renault (6) et Manor (1) = 299 points, soit 32,75 % du total des points inscrits par les écuries de pointe.

A l’issue du Grand Prix de Hongrie 2017 (11e Grand Prix de la saison) :

Mercedes (357) + Ferrari (318) + Red Bull (184) = 859 points inscrits.

Force India (101) + Williams (41) + Toro Rosso (39) + Haas (29) + Renault (26) + McLaren (11) + Sauber (5) = 252 points, soit 29,34 % du total des points inscrits par les écuries de pointe.

A l’issue du Grand Prix de Hongrie 2018 (12e Grand Prix de la saison) :

Mercedes (345) + Ferrari (335) + Red Bull (223) = 903 points inscrits.

Renault (82) + Haas (66) + Force India (59) + McLaren (52) + Toro Rosso (28) + Sauber (18) + Williams (4) = 309 points, soit 34,22 % du total des points inscrits par les écuries de pointe.

Le bilan s’établit donc ainsi :

- 2016 : les écuries de milieu de grille ont inscrit 32,75 % des points des top-teams avant la pause estivale.
- 2017 : 29,34 % des points inscrits.
- 2018 : 34,22 % des points inscrits.

Ainsi, contrairement aux apparences, le fossé ne s’aggrave pas – au contraire, il s’est réduit cette année. Bien sûr, cela dépend aussi de circonstances exceptionnelles (les Red Bull ont abandonné plus que de coutume cette année), et à la régulière, les écuries de pointe trustent toujours le top 6, sauf exception dû auxc incidents de course. Le fait que trois écuries marquent environ les deux tiers des points est un problème pour la compétitivité et l’attractivité de la F1, qui devra être résolu dans le cadre des prochains accords Concorde.

Il convient ainsi d’élargir l’horizon de mesure afin de voir si le « coefficient d’inégalité » de la F1 a grandi ou non à plus moyen terme. L’ère V6 est-elle comparable à d’autres époques ?

En 2013 (toujours juste avant la reprise estivale), le top 3 du classement (Red Bull, Mercedes, Ferrari) n’avait inscrit que 51,8 % du total des points. Mais, en incluant Lotus, le top 4 avait inscrit 85,35 % des points.

En 2012, ce même top 3 avait inscrit seulement 45,67 % des points (73,81 % pour le top 4) Grâce aux performances de Lotus, Mercedes et de Sauber, le plateau était bien plus homogène.

En 2011, le top 3 (McLaren, Ferrari, Red Bull) avait inscrit 79,48 % des points.

En 2010, ce même top 3 avait inscrit 70,47 % des points.

Ainsi, les niveaux de 2016-2018 sont-ils voisins des saisons 2011 et 2010, mais très distants des années 2012 et 2013. On peut donc en conclure que 2012 et 2013 furent des années particulièrement serrées et disputées. Pour que les prochaines saisons soient aussi « égalitaires », il faudrait que Renault joue le rôle de Lotus et que McLaren reprenne sa place à l’avant de la grille. Les écuries « privées » (Force India, Sauber…) seraient, comme lors des années précédentes, plus en retrait.

En résumé, on voit que la F1 a toujours été, en cette décennie « à deux vitesses », entre les écuries à « gros budget » et les écuries indépendantes. L’impression de forte inégalité qui existe aujourd’hui, est surtout liée aux anomalies Renault et McLaren, qui ne performent pas (encore) au niveau attendu. Lorsque ces deux écuries auront rejoint – comme elles ont les capacités structurelles sur le papier – Red Bull, Ferrari et Mercedes, alors, le niveau d’inégalité baissera en F1.


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