Formule 1

Melbourne, un circuit vraiment atypique pour Ferrari depuis 2017 ?

Ferrari va-t-elle redresser la barre… ou confirmer ses déboires ?

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Par A. Combralier

24 mars 2019 - 08:24
Melbourne, un circuit vraiment (...)

Indubitablement, Ferrari a déçu lors du Grand Prix d’Australie. Après les essais de Barcelone, on attendait bien mieux de la Scuderia. Que Mercedes soit devant, certes, il s’agit, après tout, des champions en titre…

Mais que Ferrari soit autant dominée, représente un véritable camouflet pour les Rouges. Sebastian Vettel pointait ainsi à 7 dixièmes de Lewis Hamilton en Q3. Pire, en course, les Ferrari étaient plus même plus lentes que la Red Bull de Max Verstappen, qui parvint à finir 3e en étant beaucoup plus proche de Lewis Hamilton, le 2e, que du 4e, Sebastian Vettel.

Chez les tifosis, deux attitudes prédominent : les uns s’affolent ; les autres se rassurent en se disant que l’Australie est un circuit très spécifique dans le calendrier (piste très bosselée, virages assez lents à 90 degrés, peu de lignes droites). Ils se consolent, de même, en se rappelant que les Ferrari n’avaient pas tenu le rythme des Mercedes en Q3 l’an dernier non plus, et que la victoire de Vettel, l’an dernier, était chanceuse.

Ces derniers jours, Charles Leclerc comme Stefano Domenicali, l’ancien directeur de la Scuderia Ferrari, ont tenu des propos en ce sens.

« Ce n’est pas comme si nous étions arrivés à Melbourne avec une voiture très différente de celle des essais hivernaux » a ainsi expliqué le pilote monégasque. « Dans le passé, on a souvent vu que Melbourne était une piste étrange et que ce n’était pas toujours très représentatif de la performance réelle de toutes les voitures. Je suis convaincu que nous pourrons revenir à l’avant. »

« Ferrari n’a pas pu montrer un niveau normal de performance, mais n’oublions pas que Melbourne est un endroit spécial » a, de même, estimé Stefano Domenicali. « C’est pourquoi, pour moi, Bahreïn sera plus fiable pour jauger. »

Quelle est la pertinence d’une telle comparaison ? Et, plus généralement, ce que l’on voit à Melbourne diffère-t-il vraiment ce que l’on voit à Bahreïn, pour le deuxième Grand Prix de la saison ? Pour le savoir, un retour sur les précédents depuis 2017 (date d’introduction du nouveau règlement) peut être utile.

Australie 2018 : Ferrari distancée, mais seulement en Q3.

En Australie 2018, l’écart en Q3 entre Lewis Hamilton et les Ferrari de Kimi Räikkönen et Sebastian Vettel était, effectivement, quasiment le même qu’en 2019 : 7 dixièmes. Ce gouffre tenait-il à une performance exceptionnelle de Lewis Hamilton, ou aux qualités de la Mercedes ? Valtteri Bottas s’était crashé en début de Q3, ce qui fausse peut-être les comparaisons. Néanmoins en Q2, Sebastian Vettel avait battu Valtteri Bottas de près d’un dixième et avait terminé à un dixième de Lewis Hamilton. Il est donc possible de penser que cette performance était davantage due à un tour exceptionnel de Lewis Hamilton, même si ce point n’est pas certain.

En course, Sebastian Vettel avait remporté une victoire certes chanceuse, en raison d’une voiture de sécurité virtuelle sortie au moment idéal pour lui. Néanmoins, une fois Lewis Hamilton revenu sur ses talons, il avait facilement tenu le rythme de la Mercedes. Kimi Räikkönen avait d’ailleurs terminé à une seule seconde de Lewis Hamilton (et Daniel Ricciardo à une seconde de Kimi Räikkönen).

En 2019, Ferrari a fait donc pire qu’en 2018. Certes, l’écart était le même en Q3 entre Lewis Hamilton et les Ferrari. Mais en Q2 comme en course, la Scuderia avait montré un bien meilleur visage l’an dernier.

En milieu de grille, à Melbourne, les Haas avaient terminé meilleurs des autres, avec une belle avance, sur le plan de la performance pure du moins. On sait que deux arrêts aux stands calamiteux causèrent les abandons des monoplaces américaines.

Bahreïn 2018 : un réveil de Ferrari… dont la portée est à nuancer ?

L’optimisme de Ferrari s’explique par le visage, en apparence, différent affiché par les Rouges à Bahreïn l’an dernier : cette fois-ci, ils avaient semblé devant Mercedes en performance pure, ne devant pas une victoire en course à une circonstance chanceuse.

En effet en qualifications, Ferrari avait verrouillé la première ligne, avec deux dixièmes d’avance sur les Mercedes. Valtteri Bottas ne s’était pas crashé en Q3, et Lewis Hamilton n’avait pu réaliser de tour exceptionnel.

Mais de même qu’à Melbourne, en course, les écarts étaient très serrés entre Ferrari et Mercedes. Sebastian Vettel avait gagné de moins d’une seconde devant Valtteri Bottas, tandis que Lewis Hamilton pointait à 6 secondes (les Red Bull étaient loin derrière).

En milieu de grille, Bahreïn avait vu la consécration d’un nouveau « meilleur des autres » en la personne de Pierre Gasly, un 4e très surprenant. Néanmoins, Kevin Magnussen avait confirmé la tendance positive aperçue à Melbourne, chez Haas, en finissant derrière la Toro Rosso. Les performances de la Toro Rosso chuteraient par la suite, ce qui prouve que c’est bien Bahreïn, et non Melbourne, qui peut parfois être peu représentatif.

Début de saison 2017 : des écarts semblables.

La saison 2017 confirme qu’entre Mercedes et Ferrari, Melbourne peut être considéré comme autant représentatif que Bahreïn dans les grandes largeurs.

A Melbourne en qualifications, en 2017, Lewis Hamilton avait battu Sebastian Vettel pour trois dixièmes. En course, Sebastian Vettel avait remporté une victoire plus confortable, avec 10 secondes d’avance sur Mercedes.

En Chine 2017 (alors deuxième Grand Prix de la saison), Lewis Hamilton avait signé la pole avec une avance similaire sur Sebastian Vettel… En course, les écarts entre Lewis Hamilton et Sebastian Vettel (6 secondes) étaient également comparables.

A Bahreïn 2017 (troisième Grand Prix de l’année), Mercedes avait verrouillé la première ligne, et Sebastian Vettel avait terminé à cinq dixièmes en Q3… avant de remporter la course avec une avance de 6 secondes sur Lewis Hamilton (qui avait écopé d’une pénalité de 5 secondes en course).

Bahreïn 2017 ne fut donc pas tellement meilleur, pour Ferrari, que Melbourne 2017.

En conclusion : Ferrari doit-elle s’inquiéter ?

En somme, ce retour en arrière ne sera pas forcément très rassurant pour les tifosi : Melbourne n’est pas forcément un circuit atypique quand il s’agit de jauger les performances relatives de Ferrari par rapport à Mercedes. Certes, la Q3 de Melbourne 2018 avait produit des écarts notables, mais la représentativité de cette Q3 peut être nuancée avec les performances de Ferrari en Q2 comme en course, qui avaient été, en 2018, bien plus respectables qu’en 2019.

Le caractère atypique de la piste australienne a d’ailleurs été nuancé par Günther Steiner, le directeur de Haas : « notre voiture a montré qu’elle était rapide à Melbourne et à Barcelone, donc je ne prévois rien de différent pour Bahreïn. » Et de fait, Haas avait maintenu des bonnes performances de Melbourne à Bahreïn l’an dernier.

On peut s’attendre à un certain regain de forme de la Scuderia (qui devrait avoir mieux compris les réglages de la SF90) ; beaucoup de choses, en réalité, dépendront de la bonne exploitation des pneus, domaine dans lequel Ferrari a sans doute failli à Melbourne. Rien n’est pour autant acquis : il n’est pas dit que Melbourne fût un simple accident… Dans une semaine, nous saurons !

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