Les questions auxquelles la FOM devra répondre cette année (2/2)

Les polémiques sur la FIA et le calendrier doivent être stoppées

Par Alexandre C.

4 février 2024 - 18:00
Les questions auxquelles la FOM (…)

Le cirque médiatique de la F1 est aussi un cirque aux enjeux économiques et politiques énormes. En coulisses, si la FIA supervise le respect des règlements sportif, financier et technique, c’est la FOM qui s’occupe des enjeux économiques, de la gestion du calendrier, des week-ends sprints, etc.

Or l’année 2023 s’est terminée sans que la FOM et Liberty Media ne règlent certains dossiers en cours – dont la finalisation est pourtant cruciale pour l’avenir de la F1. Suite et fin de notre petit tour d’horizon…

Un calendrier à 24 courses : stop ou encore ?

Qu’il est loin, le temps où une saison de F1 comptait 16 ou 17 courses au grand maximum…

L’an prochain, le calendrier comportera un nombre record de Grands Prix : 24.

Et le plafond n’est peut-être pas encore atteint. Par le passé, Liberty Media n’a d’ailleurs jamais caché son ambition de fixer la barre à 25 courses. De plus et dans le même temps, des projets de futurs Grands Prix sont dans les tuyaux, comme à Zanzibar ou pourquoi pas à Chicago…

Or la F1 est déjà proche du burn-out. Le triple-header de l’an dernier a laissé des traces, surtout après le terrible Grand Prix du Qatar conclu dans la chaleur. 2024 s’annonce aussi très sportif en la matière, avec un triple-header pour finir, Las Vegas, Qatar, Abu Dhabi. La saison se conclura d’ailleurs le 8 décembre pour commencer tout début mars… Un marathon au rythme d’un sprint !

Pourtant, de plus en plus, pilotes, top-managers ou observateurs de la F1 tirent la sonnette d’alarme. Dès début 2023, face à l’extension du calendrier notamment, Toto Wolff prévenait déjà « qu’il y a des moments pendant la saison où c’est très intense, où les gens sont à la limite de l’épuisement professionnel et du burn-out. »

En fin de saison dernière encore, Max Verstappen avertissait la FOM en rappelant que le calendrier 2023 n’était « pas très durable en termes d’écologie » comme « pour le corps humain. »

« Le nombre de courses est définitivement à la limite, non seulement pour les pilotes, mais aussi pour tous les mécaniciens » ajoutait encore son coéquipier Sergio Pérez.

Ces avertissements n’ont donc pas été entendus par la FOM, qui a livré un calendrier record à 24 courses au paddock.

Certes, ce calendrier sera plus étendu dans le temps (permettant un peu plus de pauses entre chaque course) ; certes encore, les courses seront distribuées un peu plus logiquement sur le plan géographique, ce qui permettra d’éviter un surnombre de décalages horaires – tout en émettant moins de CO2.

Il n’en reste pas moins que ce calendrier demeura exténuant pour toutes les équipes, en particulier bien sûr pour celles se rendant de Grand Prix en Grand Prix. Il y aura bien une rotation qui sera mise en place pour certains postes, mais elle n’est pas possible pour des fonctions essentielles et incontournables (comme ingénieur de piste d’un pilote).

La F1 se dirige-t-elle donc vers une saison de burn-out ? L’argument du métier-passion pourra-t-il longtemps suffire pour retenir les talents dans cet univers à ce point exigeant – alors même que les salaires tendent à moins croître depuis l’introduction des budgets plafonnés ?

L’appel de l’argent risque bien pourtant d’être plus fort que tout. Il faut se rappeler que les revenus de la FOM sont largement corrélés au nombre de Grands Prix, et que Liberty Media est une entreprise cotée en bourse…

La solution d’organiser des Grands Prix en alternance, une année sur l’autre, ou de privilégier la qualité des Grands Prix organisés plutôt que la quantité, ne semble ainsi pas réaliste : ce qui compte aussi et surtout pour Liberty Media, et pour son compte en banque, c’est le nombre de Grands Prix.

Des solutions plus probables seraient d’aménager le calendrier : à la fois en continuant le regroupement géographique des courses ; et en réduisant, pourquoi pas, la durée de certains GP à deux jours.

Signer une paix des braves avec la FIA ?

En 2023, le conflit entre la FIA et la FOM a éclaté sur la place publique.

Mohammed Ben Sulayem, le président de la FIA, et Stefano Domenicali, son homologue de la FOM, n’ont presque plus pris de gants pour évoquer, en public, leurs désaccords sur la gestion du sport.

Ceux-ci sont très nombreux, comme nous vous le rapportions ici. En voici un petit florilège, qui n’est d’ailleurs pas même 100 % exhaustif !

  La FIA a fait, l’an dernier, des commentaires publics sur la valorisation financière de la F1 – ce qui est pourtant le domaine réservé de la FOM. Stefano Domenicali l’avait très mal pris : la FOM avait même publié un communiqué de presse menaçant la FIA d’une action en justice ;

  Désaccord sur l’arrivée d’Andretti en F1 : la FIA est pour, la FOM s’est prononcée contre (sans le dire aussi ouvertement). Et ce dossier, devenu une affaire d’egos entre les deux présidents, ne va certainement pas en rester là ;

  Publication anticipée du calendrier 2023 par la FIA (qui avait grillé la tradition à la FOM, contrairement à tous les usages établis et à l’accord secret entre équipes et FOM pour ne pas faire grimper en flèche le prix des hôtels) ;

  Doublement des courses sprint : la FIA était contre, la FOM pour ;

  L’affaire des époux Wolff : suite aux soupçons, absolument non-confirmés, de conflits d’intérêt entre Susie Wolff (employée de la FOM pour la F1 Academy) et Toto Wolff, la FIA s’était précipitée pour ouvrir une enquête… avant de la clôturer le lendemain, puisque toutes les équipes avaient unanimement affirmé qu’elles ne soupçonnaient aucun conflit d’intérêts ;

  Intransigeance de la FIA sur le port des bijoux (au début de la présidence de Mohammed Ben Sulayem) : la FOM n’avait pas compris la croisade ‘anti-Lewis Hamilton’ de Mohammed Ben Sulayem…)

Pour le bien du sport, il est donc impératif que FIA et FOM mettent leurs désaccords de côté (et leurs egos) – ce qui est bien sûr plus difficile à dire qu’à faire.

En l’occurrence, le problème pourrait-il se situer plutôt du côté de la FIA, et non de la FOM ? La gestion de Mohammed Ben Sulayem semble en effet critiquée en interne. La FIA, en l’espace d’un mois, a perdu trois dirigeants : Tim Goss (directeur technique de la monoplace), Steve Nielsen (directeur sportif de la FIA) et Deborah Mayer (directrice de la commission pour les femmes).

Toto Wolff, qui n’a toujours pas digéré l’affaire Susie Wolff ouverte par la FIA, avait d’ailleurs ironisé à propos de cette épidémie de démissions à la FIA… : « C’est inquiétant de voir autant de bonnes personnes partir. Perdre Steve Nielsen est un coup dur. Je ne pouvais pas penser à un directeur sportif plus compétent et plus juste En tant que leader, il s’agit de la culture et de l’environnement que vous créez pour que les gens s’épanouissent. Lorsque des personnes aussi compétentes quittent une organisation, il y a un vide. C’est clair. Et vous devez vous demander pourquoi tout d’un coup, tant de gens ont décidé d’arrêter l’aventure ? »

Mais une F1 forte avec une FIA faible ne peut exister : c’est pourquoi il serait de bon ton que Stefano Domenicali et Mohammed Ben Sulayem enterrent la hache de guerre… La lâcher serait au moins un bon début !

Retrouvez la 1ère partie de cet article en cliquant ici.

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