Formule 1

McLaren en IndyCar : la diversification au risque de la dispersion

Un bon choix marketing et sportif ?

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Par Valentin Vilnius

20 janvier 2019 - 12:18

Le dimanche le plus important de McLaren, cette année, ne sera peut-être pas un dimanche de Grand Prix de F1. En effet, McLaren participera aux prochains 500 Miles d’Indianapolis, avec Fernando Alonso comme figure de proue. L’Espagnol a besoin d’une victoire sur le célèbre ovale pour remporter, comme Graham Hill avant lui, la Triple Couronne, et ainsi marquer l’histoire du sport automobile.

McLaren et Zak Brown ont donc décidé d’accompagner Fernando Alonso dans son périple américain. Alors que l’écurie de F1 sort d’une nouvelle saison à oublier, quels sont les avantages et les inconvénients d’un tel engagement pour la structure de Woking ?

Du côté des bénéfices, le principal argument sera marketing pour McLaren. L’écurie, depuis son déclin sportif, peine à attirer des sponsors (même si du mieux est à constater ces derniers mois). De plus, le départ de Honda a vidé les caisses et l’écurie doit trouver de nouvelles ressources financières.

Or un engagement en IndyCar, dans l’une des courses les plus renommées au monde, a des avantages immédiats pour McLaren. La présence de Fernando Alonso à bord, qui sera une fois de plus l’attraction de l’année, attire forcément les regards, les caméras et donc les sponsors. Enfin, l’Amérique du Nord est un marché crucial où McLaren est encore peu présent.

« Le sponsoring, c’est l’une des raisons pour lesquelles nous participons à l’Indy 500 » reconnaît Zak Brown, le directeur exécutif de McLaren et par ailleurs citoyen américain. « Pour sept partenaires sponsors sur dix, l’Amérique du Nord est un marché important. »

« La Formule 1 ne peut pas encore avoir autant d’impact que beaucoup de partenaires le souhaitent et nous pensons donc que les courses d’IndyCar, pour diverses raisons, aident nos partenaires à développer une véritable proposition globale pour que l’on s’entende, en participant à cette course. »

McLaren resterait ainsi, dans les livres d’histoire, associée à l’exploit de Fernando Alonso dans l’obtention de la Triple Couronne, et écrirait l’une des pages les plus remarquables de l’histoire de l’écurie. L’image de l’équipe, en chute libre depuis 2015, en sortirait grandie.

Sur le plan sportif, un engagement en IndyCar a également des avantages. Par rapport à la F1, il est plus facile de récolter immédiatement d’excellents résultats en IndyCar, sans passer par de longues années de développement. L’association avec Chevrolet, motoriste réputé, est d’ailleurs un gage de réussite.

Mais un tel engagement aux 500 Miles d’Indianapolis comporte également des coûts évidents.

Tout d’abord, il faut nuancer les gains possibles sur le plan de l’image et du marketing. En cas de succès, c’est Fernando Alonso, et non McLaren, qui fera les gros titres ; l’écurie risque d’être quelque peu éclipsée par l’exploit de son pilote phare.

Surtout, alors que l’écurie de F1 est toujours en crise de confiance, est-ce le bon moment pour disperser les énergies et les ressources ? Comme l’a avoué Zak Brown en personne, McLaren est en phase de transition et de restructuration. Un vaste travail d’études est en cours, pour réformer le management et l’organisation de l’écurie, pour améliorer la communication entre les départements, pour combler les points faibles évidents à Woking.

Or, un tel travail nécessite une mobilisation pleine et entière. Zak Brown, qui devrait avoir assez à faire avec ce chantier, doit pourtant gérer de front le dossier de l’IndyCar. Bob Fernley, ancien directeur adjoint de Force India, et chargé par McLaren de structurer sa branche IndyCar, ne serait-il pas aussi plus utile, compte tenu de son expérience, au sein de la branche F1 ? En somme, McLaren court le risque de mal employer ses ressources humaines potentielles, et de précieuses lignes de budget, à l’heure où la restructuration de l’écurie de F1, pilier de l’entité, devrait être au cœur des priorités.

McLaren a ainsi choisi, dans son plan de redressement, la voie de la diversification… au risque de la dispersion. La tentation d’écrire l’histoire du sport automobile avec Fernando Alonso aura été plus forte. Qui ne tente rien n’a rien…

McLaren

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