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Interview de Gérard Neveu

"Il faut mettre les bonnes cartes dans le bon jeu !"

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29 janvier 2013 - 08:16
Interview de Gérard Neveu

Il faudra attendre le 1er février 15h30 pour connaître la liste des engagés à l’année du Championnat du Monde d’Endurance, mais aussi les 56 sélectionnés pour les 24 Heures du Mans. Pour ce qui est de l’European Le Mans Series, il faudra patienter une semaine de plus. Il aurait été dommage de ne pas profiter de la présence de l’état major de l’ACO et du FIA WEC à Daytona pour prendre la température de cette saison 2013. Nous avons bien tenté de questionner Gérard Neveu, Président du FIA WEC, mais l’homme fort du Championnat du Monde est resté impassible devant nos questions précises quant au plateau. Pour être totalement transparent, nous lui avons fait part de notre propre liste des 71 demandes d’engagement aux 24 Heures du Mans sachant que nous arrivons à un total de 63. Nous avons eu droit en retour à un léger sourire, mais rien de plus. Réponse vendredi... Personnellement, nous tablons sur un plateau en FIA WEC compris entre 25 et 29, ce qui par les temps qui courent serait une bonne tendance. Si nous n’avons pas pu tirer la moindre équipe du plateau 2013, nous avons tout de même passé un long moment avec Gérard Neveu au beau milieu du paddock de Daytona afin de faire le point avant une année de transition.

Laurent Mercier : Comment s’annonce cette saison 2013 dans en FIA WEC, ELMS et Le Mans ?

Gérard Neveu : « Les journalistes, vous êtes trop impatients (sourire). Le plus gros travail a été fait en 2012 et durant tout l’hiver. Pour ce qui est du Mans, le Comité de Sélection s’est réuni et a tranché. Nous dévoilerons le 1er février la liste des engagés des 24 Heures du Mans et du Championnat du Monde d’Endurance. Pour ce qui est de l’European Le Mans Series, il faudra attendre une semaine de plus car vendredi sera déjà assez chargé comme ça. Pour en venir au LMP1, nous savons que c’est une catégorie qui demande beaucoup de moyens. »

Compte tenu d’une situation économique encore peu favorable, les équipes ont-elles eu un délai supplémentaire ?

« Le Championnat du Monde d’Endurance est labellisé FIA, ce qui implique le respect d’une date limite. En revanche, pour l’European Le Mans Series, nous pouvons être plus flexibles. Là aussi le gros du travail est fait. Nous sommes actuellement dans une période ambiguë avec d’un côté l’objectif de stabiliser et conforter le FIA WEC, et de l’autre la fin d’un cycle avec un nouveau règlement 2014. Nous savons que c’est compliqué de développer une nouvelle auto actuellement. »

« Notre objectif premier est de conforter le FIA WEC. Avec 71 demandes d’engagement pour les 24 Heures du Mans, c’est un bon signe de vitalité et cela va dans le bon sens. Cependant, nous avons conscience que tout est perfectible. »

Les bonnes relations entre l’ACO, l’ALMS et le Grand-Am sont aussi un signe positif...

« Oui et si nous sommes ici ce n’est pas pour le soleil mais bien pour travailler. Le but de ces réunions communes est de préparer l’avenir et 2014. Les instances de l’ALMS et du Grand-Am sont venus à notre rencontre au Mans et nous en faisons de même. Il est aussi prévu que nous soyons présents aux 12 Heures de Sebring. Nous travaillons également à distance. Je suis à Daytona (ndlr : interview réalisée le samedi de la course) avec Pierre Fillon, Frédéric-Henry Biabaud et Frédéric Lieut, le Directeur Général de l’ACO. Le Président de l’ACO a répondu à l’invitation des Américains où trois jours de réflexion sont organisés. Pierre Fillon et Jim France sont des personnes intelligentes. »

Quid des Daytona Prototype au Mans à l’avenir ?

« On ne peut pas se prononcer pour le moment. Il faut trouver des solutions et voir ce que pourrait être le visage de l’Endurance dans deux ou trois ans. Il ne faut pas oublier qu’il faut harmoniser les licences badgées ACO. Le Championnat du Monde d’Endurance vient aux Etats-Unis et on ne peut pas se passer d’un partenariat avec nos cousins Américains. Il faut que tout le monde y trouve son compte, c’est une évidence. Je n’ai pas peur de dire que les relations pour le moins cordiales. C’est aussi pour cela qu’une délégation de l’ACO sera à Sebring. »

Ce n’est pas une déception que le FIA WEC n’aille pas rouler à Sebring ?

« On ne va pas à Sebring pour des raisons techniques. Si nous avons que 22 autos en FIA WEC, on pourra dire que c’est dommage. Si nous arrivons à 30 autos en FIA WEC et 35 en ALMS, il faut comprendre que ce n’est pas possible. Quel circuit pourrait accueillir autant d’autos, ne serait-ce que pour les structures. »

Aller à Austin n’est pas une solution de repli ?

« Absolument pas ! On connaît Austin et il n’y aurait aucun intérêt à y aller si nous n’étions pas sûrs que cela allait marcher. La Formule 1 l’a confirmé. J’ai entièrement confiance pour que ce soit un succès. La ville est enclin à ce type d’événement avec un côté populaire et festif. Il y a l’idéalisme et le réalisme ! »

Une réduction des coûts est à l’ordre du jour sur le plan de la logistique ?

« Oui et c’est très important pour nous. Nous prévoyons une réduction de 50% et les teams ont adhéré. Nous n’avons pas arrêté de travailler. Nous avons mis en place un séminaire avec les équipes présentes en 2012 pour discuter et tout mettre en commun. Nos réponses correspondaient à ce que les équipes voulaient. Il fallait faire ce qui pouvait être amélioré. »

L’équipe de Le Mans Endurance Management s’est aussi renforcée durant l’hiver ?

« Oui et notamment Pascal Dimitri qui arrive chez Peugeot. Là aussi c’est plutôt un bon signe. En European Le Mans Series, on apporte une réponse pour le renouveau du championnat en mettant l’accent sur la qualité du paddock. C’est un sujet sur lequel nous travaillons très dur. Nous avons hâte de retrouver les teams et les pilotes. L’ACO en est le promoteur et il y a beaucoup de dynamisme, ce dont l’on peut se réjouir. Pierre Fillon est un Président de terrain, attentif à tout, et qui vit avec son temps. De plus, les relations avec la FIA sont au beau fixe et la série asiatique est prometteuse. »

Vous regardez de près ce qui se passe en GT3 ?

« Nous restons attentifs au paddock au pluriel. Aligner une GT3 permet de découvrir une série Le Mans et de s’initier avant un passage en GTE. Ce n’est pas pour rien que les champions se verront offrir une sélection aux 24 Heures du Mans en GTE-Am. Tout cela sera mis en place avec une Balance de Performance bien spécifique. »

Où en est le groupe de travail pour le futur de la catégorie GT ?

« L’ACO, la FIA ainsi que des spécialistes GT travaillent conjointement pour voir ce que pourrait donner la catégorie GT dans plusieurs années. Il faut arrêter d’opposer GTE et GT3. L’European Le Mans Series est le meilleur observatoire possible. On discute et on évalue ce qui va pour le mieux. »

N’est ce pas un problème d’ouvrir aux GT3 le même week-end que la Blancpain Endurance Series ?

« A Silverstone, ce sera un week-end dédié à l’Endurance avec deux championnats dont l’ACO est le promoteur. Nous aurons également le nouveau championnat F3 où bon nombre d’autos sont attendues. Nous avons proposé le calendrier avant celui de la Formule 1 et on ne peut pas nous reprocher d’avoir été les premiers. »

Des équipes n’auraient pas été contre une ou deux courses communes avant Le Mans afin de se rôder notamment avec le trafic des LMP1. C’est une éventualité ?

« Non ce n’est pas possible. Il n’y a qu’au Mans où l’on peut voir 56 autos car il y a 56 stands permanents, sachant que le circuit fait près de 14 km. Le FIA WEC tire vers le haut et la grille du Mans monte en qualité. J’ai une totale confiance dans le Comité de Sélection sur le plan de l’éthique et tout sera séparé. »

« La puissance des 24 Heures du Mans ajoutée à l’entente de l’ACO avec le FIA, nos amis américains et notre position en Asie, font que le tout cumulé donne les prémices d’une préparation pour le futur assez sérieuse. »

Le règlement 2014 définitif sera publié à quelle date ?

« La copie principale est prête. Un travail énorme a été effectué par toutes les équipes mises en place. Le règlement 2014 fait rêver et l’arrivée de Porsche est plus. Ils sont très professionnels et ils mettent les moyens de leurs ambitions. Tout cela prend une tournure intéressante. Il faut mettre les bonnes cartes dans son jeu. »

On pourrait avoir à l’avenir une vraie catégorie réservée aux nouvelles technologies ?

« Chaque chose en son temps. On ne multiplie pas les hommes. Le cahier des charges est déjà bien garni pour le moment. »

Quel est le regard de Gérard Neveu sur le paddock des 24 Heures de Daytona ?

« Il suffit de regarder face à nous pour comprendre. Avant d’être aux commandes du FIA WEC, j’ai géré de gros évènements sportifs. Aux Etats-Unis, le spectacle est total pour les spectateurs. Il y a une vraie ambiance et une vraie atmosphère. Ils ont un sens de l’organisation qui est naturel. Le paddock est très propre et le public très respectueux. C’est ce que l’on met en place de notre côté, notamment avec les World Series by Renault. Cette année, le paddock sera encore plus ouvert en FIA WEC. On cherche toujours des solutions. Avec la fin du warm up, le public pourra accéder plus longtemps au paddock et à la voie des stands. Bien entendu, nous avons conscience que ce n’est jamais assez. »

Pour terminer, on peut avoir une estimation du plateau du FIA WEC (rires) ?

« Oui ! Le 1er février 2013 à 15h30 et le monde entier le saura en même temps. (rires). »

Ce n’est pas faute d’avoir essayé...

Propos recueillis par Laurent Mercier

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