Motorsport

Interview avec Ogier et Ingrassia, les nouveaux champions

"C’est vraiment un rêve qui devient réalité"

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Par Olivier Ferret

4 octobre 2013 - 20:58
Interview avec Ogier et Ingrassia, (...)

Sébastien Ogier et Julien Ingrassia ont mathématiquement assuré les titres de Champions du Monde Pilotes et Copilotes jeudi, dès le départ du Rallye de France-Alsace. De premiers lauriers dans la catégorie reine, 8 ans après leur rencontre, et alors qu’ils disputent leur première saison au volant de la Volkswagen Polo R WRC. Pour l’occasion, leur équipe les a soumis à une séance de questions-réponses afin de mieux les connaître.

Sébastien, Julien, vous êtes champions du monde pour la première fois, dès votre première saison avec la Polo R WRC. Qu’est-ce que cela signifie pour vous ?

Sébastien Ogier : « Je suis vraiment très heureux ! Je pourrais serrer le monde entier dans mes bras ! Ce feeling est impossible à décrire. Remporter le titre de champion du monde en France, c’est vraiment un rêve qui devient réalité. Ces derniers jours, j’ai essayé de ne pas trop y penser, pour éviter de commettre des erreurs. Maintenant, le soulagement est immense. Quand j’étais petit, je m’émerveillais devant les voitures et les pilotes de haut niveau que je voyais sur le Rallye Monte-Carlo, à Gap, avec mon père. Et maintenant, Julien et moi sommes champions du monde. C’est dingue ! Ce qu’on a réussi à faire est fantastique. Maintenant on va essayer de continuer comme ça et de remporter également le titre Constructeurs. »

Julien Ingrassia : « C’est le plus beau jour de ma carrière, et peut-être même de ma vie ! Si quelqu’un m’avait dit au début de l’année que Seb et moi serions champions du monde aussi tôt dans la saison, je lui aurais immédiatement répondu qu’il était fou. Il y a trois semaines, en Australie, on était passé très près, mais le titre est maintenant une réalité. En parlant de l’Australie, qui aurait imaginé qu’on soit champions du monde jusqu’à quelques mètres de l’arrivée ? »

Qu’est-ce que ça vous a fait de dominer le rallye et la Power Stage, puis de soudain ne pas remporter le titre ?

Seb : « C’était clairement un sentiment étrange. On avait gagné, mais on manquait le titre pour un point. Ceci dit, ça a été un excellent rallye, que ce soit pour Volkswagen ou pour Julien et moi. Donc on a vite compris qu’il ne nous manquait pas grand-chose : on avait fait 99% du boulot. »

Julien : « Le message radio qu’on a reçu à la fin de la dernière spéciale était très bizarre : “Félicitations les gars, vous avez remporté le rallye. Par contre, il va falloir attendre pour le titre.” Pendant tout le week-end, on avait été “champions virtuels”, et puis voilà. En tout cas, ça n’arrive pas tous les jours de remporter 19 des 22 spéciales d’un rallye WRC. Du coup, la joie a vite repris le dessus. »

A part cet épisode, quel a été le moment le plus étrange de la saison ?

Julien : « Sans aucun doute, le portail au Mexique. Heureusement, on a quand même remporté le rallye et on a pu en rire après coup, en particulier quand on a voulu rentrer à l’assistance après l’arrivée et que l’équipe avait bloqué l’accès à notre emplacement. »

Seb : « C’est clair ! Rien de tel ne m’était jamais arrivé auparavant. C’était une sacrée surprise de se retrouver tout à coup devant un portail fermé. J’ai essayé de l’ouvrir en le poussant avec la voiture, mais il fallait le tirer pour l’ouvrir. Julien a donc sauté de la voiture, il a ouvert le portail et on est reparti. Je savais qu’on nous redonnerait le temps perdu, parce qu’on n’avait absolument aucune responsabilité dans cet incident. Au final, ça n’a pas été un gros problème. »

Cela fait 8 ans que vous faites équipe. Quel a été le meilleur moment de votre carrière jusqu’à présent, à part votre victoire au championnat ?

Seb : « Notre victoire en Suède cette année. C’était tout simplement un rallye parfait et il s’agissait de notre première victoire avec Volkswagen. On a mené un duel fantastique contre Sébastien Loeb : il nous a véritablement mis la pression, ce qui fait qu’on a dû être tout le temps à fond. Et puis notre première victoire, au Portugal en 2010 : elle aura toujours une place à part dans mon cœur. »

Julien : « Cette année, clairement la victoire en Suède. Ca n’est déjà pas facile de gagner là-bas, et puis ce rallye a été très particulier. Et au Monte-Carlo, on subissait probablement la pression la plus forte de toute notre carrière. »

Et que voudriez-vous oublier ?

Seb : « Le pire moment, ça a été notre accident sur le Rallye Monte-Carlo 2012. Quand on perd le contrôle de la voiture à 160 km/h et qu’on finit dans les arbres, on ne peut qu’espérer que ça se finira bien. J’espère ne jamais revivre ça. »

Quand vous êtes-vous rencontrés pour la première fois ?

Seb : « Ca a dû se passer juste après les sélections Rallye Jeunes, fin 2005, c’est bien ça ? Julien était là en spectateur, probablement pour voir s’il y avait des pilotes particulièrement rapides. J’ai remporté la compétition, en battant plusieurs centaines d’adversaires. Ca a fait pencher la balance en ma faveur à ses yeux. »

Julien : « C’est clair que le fait qu’il ait été le plus rapide ne m’a pas posé problème ! (rires) A l’époque, j’avais déjà quelques années d’expérience en tant que copilote. Seb se détachait, pas seulement par son pilotage, mais aussi par sa volonté. Le vainqueur a gagné une place en Coupe Peugeot 206, j’ai donc immédiatement demandé si je pouvais être le copilote de Seb. On s’est tout de suite bien entendu et on a décidé de tenter notre chance ensemble. »

Ca ressemble à un coup de foudre !

Seb : « (rires) Non, ça n’était pas aussi grave ! Sérieusement, nous avons deux caractères différents. Je laisse peut-être un peu plus parler mes émotions et mon humeur dans le cockpit. De temps en temps, le calme de Julien me ramène sur terre. On se complète l’un l’autre, on est sur la même longueur d’ondes. »

Julien : « C’est clair que Seb a plus de tempérament quand il s’agit de célébrer un succès, mais, dans la voiture, la plupart du temps il est détendu et cool. Il a la capacité à se couper de tout ce qui l’entoure pour se concentrer simplement sur son pilotage et écouter les notes. C’est l’une des forces que j’admire chez lui et c’est clairement l’une des clés de notre réussite. »

Seb : « Merci pour le compliment, mais même le meilleur pilote de rallye n’est rien sans un bon copilote. Julien et moi, on se comprend par télépathie. On pourrait probablement courir en utilisant la langue des signes. En tout cas, les capacités d’organisation de Julien sont presque aussi importantes que de bonnes notes. Il respecte à la lettre le programme de chaque week-end de rallye. Il sait quand on doit se mettre en route le matin, quand on doit se rendre à des rendez-vous média et quand est programmé le briefing avec l’équipe. Pour être honnête, je suis parfois un peu négligeant avec ce genre de choses. »

Quelle est votre spéciale favorite en WRC, et pourquoi ?

Seb : « Question difficile, parce qu’il y en a beaucoup de belles. Sur asphalte, Moulinet sur le Rallye Monte-Carlo et, bien sûr, Ouninpohja en Finlande sur la terre. Elle est extrêmement rapide, avec beaucoup de sauts, c’est tout simplement génial à piloter. »

Que faites-vous pendant les 30 dernières secondes qui précèdent une spéciale ?

Seb : « Je contrôle mon harnais de sécurité et je garde la porte ouverte le plus longtemps possible pour avoir de l’air frais. A part ça, c’est juste de la concentration. Généralement, Julien et moi on ne se parle jamais dans les dernières secondes avant le départ. On sait tous les deux ce qu’on a à faire. »

Julien : « Il ne se passe pas grand-chose dans ces moments-là. On se concentre tous les deux, on ferme les portes et puis je commence le compte à rebours à partir de 15 secondes. »

A part votre copilote/pilote, qui est le membre le plus important de l’équipe et pourquoi ?

Seb : « Le rallye, c’est un sport d’équipe. Chacun est important, du chef au mécanicien. En tout cas, pour moi, il est particulièrement important d’avoir FX dans l’équipe. Il est le père de la Polo R WRC, et puis il est Français. Parfois, c’est sympa de pouvoir tout simplement parler un peu français avec lui. »

Julien : « Chacun est important. Si un mécanicien fait une erreur, on sort de la route. Si un ingénieur se trompe en développant la voiture, on le ressent l’année suivante. »

Etes-vous superstitieux ? Si oui, avez-vous un porte-bonheur dans la voiture ?

Julien : « Non, pas du tout. »

Seb : « Vraiment pas. Je n’ai rien dans la voiture qui ne me soit pas utile. Ce serait juste un poids inutile. »

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