Formule 1

‘Quelqu’un d’une espèce rare’ : quand le paddock décrivait Frank Williams pour son dernier GP en F1

Sa famille et ses homologues prennent la parole

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Par Alexandre C.

28 novembre 2021 - 17:37
‘Quelqu’un d’une espèce rare’ : quand (...)

La présence de Frank Williams dans les paddocks de F1 se faisait de plus en plus rare ces dernières années : son « ultime sortie » remonte ainsi a priori au Grand Prix de Belgique 2019. Mais c’était surtout quelques Grands Prix auparavant, à Silverstone, en juillet 2019, que le nom et la personnalité de Frank Williams étaient dans tous les esprits : car « Sir Frank » célébrait alors son demi-siècle de présence en F1.

A cette occasion les hommages ainsi fleurirent, nous en apprenant plus sur la nature de ce « racer » dans l’âme, aussi méthodique qu’efficace ; un directeur d’écurie conscient de ses responsabilités mais aussi un père de famille aimant, dont les paddocks étaient une autre maison.

A cette occasion sa fille Claire, qui lui succéda à la direction de l’équipe de facto, rendit cet éloge à la fois appuyé et intime, remontant aux origines difficiles de l’enfance de Frank : « Papa a la ténacité la plus extraordinaire, la résilience la plus grande, mais je pense que tout peut être expliqué par sa passion. Il adore juste la F1, c’est sa vie. Dès qu’il sortit du pensionnat – ce fut une période assez solitaire pour lui – la F1 lui a donné une communauté. Certainement, après son accident, la F1 a été pour lui une raison de vivre, comme pour toute notre famille. Williams, c’est ce qui l’a poussé à continuer de travailler, la F1 est son oxygène. Il vit, il respire pour la F1, et il continue de le faire aujourd’hui. »

« Ce que mon père a accompli dans ce sport est monumental » précisait ensuite la fille Williams un an plus tard. « C’est extraordinaire. Il est parti de rien. Je pense que beaucoup de gens ont oublié d’où venait cette équipe. Mon père est littéralement venu de nulle part avec un petit rêve et il s’est battu et s’est battu encore pour amener cette équipe là où elle est. »

« Il a gagné 16 championnats du monde malgré un horrible accident de voiture et il ne s’en est pas soucié, il a continué à se battre. Pour moi, mon père est l’une des personnes les plus inspirantes que ce sport ait jamais produites. Il a un héritage extraordinaire. »

La F1 était bien cette raison de vivre pour Frank Williams : une lumière dans une vie traversée d’épreuves – et l’accident dramatique sur les routes de Provence, en 1986, prouva encore plus combien Frank Williams était à la fois un homme déterminé et passionné, obstiné par la recherche du chronomètre ; alors qu’il était cloué dans son fauteuil, la F1 devint alors plus qu’une passion pour Frank Williams, mais encore, une raison de ne pas sombrer dans le désespoir.

Là encore une plongée dans l’intimité de la famille Williams peut nous en apprendre plus sur la résilience et en même temps la passion de ce racer né. Entendons ainsi Jonathan Williams (qui s’exprimait pour Silverstone 2019), le fils de Frank, qui un temps fut envisagé pour la succession de l’équipe : « Papa est absolument déterminé. Son accident fut dramatique, elle a changé la vie de nous tous. Notre famille a dû s’adapter, maman a dû s’adapter pour reconstruire papa, et son environnement. Elle a été exceptionnelle. La détermination de papa à revenir en F1 ne s’est jamais évanouie. Il est un racer, il a toujours hâte de disputer la prochaine course. Sa nature compétitive est aussi solide qu’elle l’a toujours été. Ce qu’il a réussi à construire, c’est un héritage formidable pour notre famille, nos petits-enfants, et pour les fans ; mais l’histoire continue, elle n’est pas encore terminée. »

Certains même dans le paddock s’étonnaient de cette résilience de pur racer. A l’image de Mark Webber, après la victoire de Williams et de Maldonado à Barcelone 2012 : « Ne tournons pas autour du pot. Frank est paralysé depuis un accident de la route en 1986 et atteindre les 70 ans dans son état tout en réalisant tout ce qu’il a fait depuis est un effort étonnant. C’est unique et incroyablement spécial. Il y a tellement de gens à travers le monde qui peuvent s’inspirer de ce qu’il a fait. Il n’a jamais jeté l’éponge. Il est resté très fort mentalement. Je lui ai dit : "70 ans, il reste encore beaucoup d’années à parcourir". Et il m’a répondu dans sa voix lente et calme : "Oui, absolument. »

Silverstone 2020, l’hommage au directeur d’écurie

Un an plus tard, toujours à Silverstone, un autre événement nous permit aussi de réaliser un peu plus la trace et l’impact que laissera Frank Williams dans le sport. L’équipe Williams venait alors d’annoncer (après son rachat par Dorilton Capital) que Claire et Frank quitteraient officiellement les manettes : de facto, Frank était bien retiré des affaires depuis plusieurs années, sa fille ayant pris le relais, mais officiellement, il restait le directeur d’équipe en titre.

L’annonce du départ officiel de Frank Williams de la gestion des affaires provoqua néanmoins un déluge d’hommages qui là encore, témoignait de l’importance inégalable prise par Sir Frank dans les paddocks.

Sebastian Vettel, très fin connaisseur de l’histoire de la F1 ainsi ne cachait pas que « Frank est l’un de ces personnages que vous ne rencontrez pas trop souvent dans votre vie, un personnage qui fait juste partie d’une espèce très, très rare. »
« J’ai toujours eu un immense respect pour Frank et Williams. Quel palmarès ! ».

Mais l’actuel pilote Aston Martin F1 ne cachait rien aussi des difficultés immenses, sportives, personnelles, humaines, que rencontra Frank durant sa carrière : « C’est évidemment dommage de voir comment cela se finit, le destin a été assez difficile pour l’équipe, en particulier pour Frank. »

Andreas Seidl, le directeur de l’écurie McLaren en F1, et qui avait été un ingénieur chez Williams, en profitait alors pour relativiser l’image d’un directeur d’écurie froid et taciturne avec les siens : « C’était évidemment formidable pour moi, en tant que jeune ingénieur moteur passionné, d’apprendre le sport automobile dans un garage Williams. Ce qui m’a inspiré, c’est la façon dont Frank, en tant que directeur d’équipe à cette époque, interagissait également sur le plan humain avec son équipe. Je me souviens encore, il entrait dans le garage tous les matins, saluait tout le monde, répétait exactement la même chose chaque soir. C’est quelque chose que, oui, j’admire toujours et qui m’a beaucoup inspiré. »

La relation entre Toto Wolff et Frank Williams ne peut pas non plus être oubliée en ces temps d’hommage. C’est ainsi chez Williams, en tant qu’actionnaire, que le directeur d’écurie le plus couronné de réussite de l’histoire de la F1 avait commencé. A Silverstone 2020, Toto Wolff illustrait ainsi un autre de ces aspects de la personnalité de Frank Williams : la simplicité, la franchise. « Je me souviens de la première phrase que Frank Williams m’a dite lorsque j’y suis allé en 2009 et qui était "quelqu’un m’a dit que vous pouvez m’aider à rembourser mon hypothèque". C’est comme ça qu’il est et il est super simple et j’ai fini par avoir une participation dans l’équipe. Je n’oublierai jamais notre dernière victoire en 2012 avec Pastor, qui a été un moment incroyable, et probablement l’un de mes meilleurs moments en Formule 1. »

Mais pour mesurer la place de Frank Williams en F1, c’est peut-être par ses rivaux qu’il faut terminer ce tour d’horizon. Par exemple par Mattia Binotto, le directeur de Ferrari, qui a fait toute sa carrière à Maranello. La rivalité Jean Todt – Frank Williams, et Ferrari-Williams en général, a ainsi durablement marqué l’ingénieur italien : « Notre histoire chez Ferrari… Williams en fait partie, toujours une bataille très juste, un défi très juste. Je pense que Williams a contribué à la F1 d’aujourd’hui. Williams est certainement un nom important, une famille importante pour notre sport. (…) Il fait vraiment partie de l’histoire et en tant que Ferrari nous ne pouvons oublier le grand défi que nous avons dû relever face à eux. »

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