Formule 1

Pour ou contre la standardisation ? Pirelli, Ferrari, Haas et Toro Rosso se divisent

Echange d’arguments en conférence de presse

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Par A. Combralier

11 mai 2019 - 15:13
Pour ou contre la standardisation ? (...)

Dans le but de réduire les coûts et de rapprocher les performances entre écuries, Liberty Media et la FIA entendent aller beaucoup plus loin dans la standardisation des pièces à compter de 2021, dans le cadre des prochains Accords Concorde. La boîte de vitesses, les jantes et le système de freinage pourraient être concernés par cette standardisation.

Des jantes standardisées pour tout le plateau seraient-elles une bonne ou une mauvaise nouvelle pour Pirelli ? Mario Isola, présent en conférence de presse à Barcelone ce vendredi, n’a pas hésité à accueillir favorablement cette possibilité.

« Avoir une jante standardisée, pour nous, c’est bien sûr… vous savez, pour le moment, chaque équipe conçoit ses propres jantes et cela peut rendre les choses un peu compliquées pour nous. Parfois, il est difficile d’adapter la jante à un pneu. C’est aussi un élément qui faut prendre en compte pour faire chauffer les pneus. »

« Donc une standardisation pourrait nous aider de notre côté. Une standardisation des freins aussi. »

Chez Haas, Günther Steiner pense-t-il qu’une standardisation plus poussée remettrait en question l’avantage comparatif de son écurie, qui collabore déjà étroitement avec Ferrari ? On sent bien que le directeur de Haas est très sceptique, méfiant et peut-être pessimiste sur le modèle Haas…

« Tout d’abord, le niveau de standardisation n’a pas été encore décidé, donc il faut d’abord attendre de voir ce qui sera fixé pour 2021. Je ne sais pas si une seule équipe a déjà signé un accord dans ce cadre. Beaucoup de parties sont impliquées dans ce dossier, parce que les appels d’offres ont été seulement émis. »

« Pour moi, il faut s’assurer que la F1 conserve son ADN. Et l’ADN de la F1, selon moi, c’est le développement. C’est le seul sport auto qui soit libre dans le développement de sa technologie. Une fois que vous avez de la standardisation, ce peut être une pente glissante. Nous devons faire attention, il ne faut pas s’engager sur cette pente glissante et soudainement, se retrouver avec, partout, les mêmes monoplaces. »

« Beaucoup de personnes sont intéressées par notre technologie et c’est pourquoi elles regardent la F1. Il faut voir tout d’abord ce qu’il en advient vraiment sur ce dossier, avant que je dise définitivement mon opinion sur ce sujet. »

Sans grande surprise Mattia Binotto, chez Ferrari, rejoint l’opinion de son homologue et étroit collaborateur de chez Haas.

« Je suis plutôt aligné sur les positions de Günther. D’abord, ce n’est pas encore décidé, il y a des appels d’offres en cours. Chez Ferrari, nous avons toujours été contre le principe de la standardisation. Mais nous savons aussi qu’il faut contrôler les dépenses. Et bien sûr, il y aura des budgets plafonnés, donc il faut trouver un bon équilibre. »

« La standardisation, cela ne fait sens que si vous pouvez économiser de l’argent. Il faut d’abord prouver que ce sera le cas. »

« Et il faut ensuite veiller à préserver l’ADN de la F1. Par exemple, si nous prenons les jantes, si toutes les F1 ont les mêmes jantes, je ne pense pas que ce sera bon pour la F1, sur le plan esthétique, parce que vous ne différencieriez plus les voitures, ou alors seulement par la peinture. »

« D’abord, il faudra étudier le résultat des appels d’offres et ensuite, mener une évaluation méticuleuse de tout cela. »

Frédéric Vasseur, pour Alfa Romeo, rappelle que la F1 a été capable de standardiser le boîtier électronique de contrôle il y a 15 ans (l’ECU, aujourd’hui produit par McLaren).

« Je pense que nous pouvons gérer la standardisation des pneus ou des jantes. Le seul problème, pour moi, serait le calendrier. Il faudrait le savoir assez vite, avoir plus de détails très bientôt sur les aspects techniques. Si nous devons tout faire en très peu de temps, alors, ce sera bien plus cher. »

Franz Tost, enfin, est dans une situation peu ou prou similaire à celle de Günther Steiner : Toro Rosso collabore étroitement avec Red Bull, comme Haas avec Ferrari… La standardisation serait ainsi plutôt un avantage pour Williams ou Racing Point, non pour Toro Rosso et Haas. Mais curieusement, Tost apparaît comme le plus favorable à la standardisation.

« Il y aurait deux raisons derrière ce choix : d’abord, réduire les coûts ; ensuite, rapprocher la performance de toutes les équipes. Je ne suis pas d’accord pour dire que l’ADN de la F1 réside dans le seul développement. Nous devons trouver un moyen de réduire les coûts. Personne ne se soucie du type de freins que nous avons dans la voiture, ou du type de jantes. Les gens veulent voir des courses intéressantes, des dépassements. Ils se moquent de la forme des jantes ou des freins. »

« Et nous devons aussi réduire les coûts. Donc je suis d’accord pour avoir autant de pièces standardisées que possible. »

FIA

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