Formule 1

Ni top teams, ni écuries B : le modèle McLaren/Williams en question

L’indépendance ou la performance, un dilemme irrésoluble

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Par A. Combralier

9 février 2019 - 17:58
Ni top teams, ni écuries B : le (...)

De plus en plus, le plateau de F1 se divise entre écuries de pointe et « écuries B ». Dans le premier groupe, figurent bien entendu Mercedes, Ferrari et Red Bull. Ces trois équipes disposent de considérables marges de manœuvre financières et sont des écuries d’usine (c’est le cas de Red Bull, depuis la signature de Honda). Renault a également le potentiel d’une écurie de pointe, statut qu’elle pourrait retrouver dans les prochaines années, peut-être même dès cette saison.

Dans le même temps, de plus en plus d’écuries deviennent des « écuries B », en nouant des partenariats étroits avec ces écuries de pointe (Haas avec Ferrari, Toro Rosso avec Red Bull, Racing Point Force India, dans une moindre mesure, avec Mercedes). Un pas a encore été franchi dans cette logique avec le changement de nom de Sauber, devenu Alfa Romeo Racing.

Ce modèle « d’écurie B » a actuellement le vent en poupe pour deux raisons bien identifiées.

Sur le plan technique, les écuries partenaires bénéficient ainsi de pièces de qualité et performantes, éprouvées sur les monoplaces d’écuries de pointe. C’est ainsi que Toro Rosso utilisera au maximum les synergies avec le châssis Red Bull cette saison – les deux écuries partageront le même moteur, ce qui facilite ces synergies. Sur le plan budgétaire, ensuite, ce partage de pièces et la signature de sponsorings (comme, en 2017, Sauber avec Alfa Romeo, qui appartient à Fiat) permettent d’indispensables économies aux écuries privées, toujours en délicatesse sur le plan budgétaire – Force India était ainsi passée proche de la disparition l’an dernier.

Cette division constante de la F1 entre divisions « A » et « B » n’est pas sans poser de nombreux problèmes en termes de compétitivité et d’équité. De plus en plus, le plateau paraît se diviser entre équipes suzeraines, fortes de leur supériorité, et équipes vassales qui, pour être performantes ou tout simplement survivre, n’ont plus le privilège de l’indépendance.

Néanmoins, faute d’alternative crédible pour le moment, force est de constater que ce modèle profite aux deux parties. Les écuries de pointe peuvent exploiter plus de données et placer de jeunes pilotes (ainsi Charles Leclerc chez Sauber, l’an dernier). Les écuries « B » se montrent, de leur côté, compétitives à moindre coût : c’est ainsi que Haas, l’un des plus faibles budgets du plateau, a battu McLaren ou Williams l’an dernier.

Or la situation de ces deux dernières écuries en est rendue de plus en plus inconfortable. Pour diverses raisons, McLaren et Williams n’ont en effet pas adopté le modèle d’écurie B… et doivent ainsi lutter avec des armes inégales en milieu de grille.

Pour des raisons de fierté et de patrimoine historique tout d’abord, McLaren et Williams ne peuvent se résoudre à devenir des écuries satellites. Il s’agit là d’écuries championnes du monde, qui ont marqué l’histoire de la discipline. Elles ont un statut à maintenir.

McLaren et Williams veulent ensuite conserver leur savoir-faire technique : en effet, si elles devenaient des écuries B, ces deux équipes externaliseraient une bonne partie du développement châssis et perdraient ainsi en connaissances internes, au risque de créer un point de non-retour. A cet égard, Paddy Lowe avait pris une décision emblématique l’an dernier : le directeur technique de Williams avait refusé d’acheter la boîte de vitesses à Mercedes, pour préserver le savoir-faire interne de Grove.

Du même coup, McLaren et Williams doivent dépenser plus de ressources – qu’elles n’ont pas forcément – pour compenser le manque de synergies avec les écuries de pointe. Et la tâche n’est pas mince : c’est ainsi qu’en performances pures, McLaren a souvent été dominée par Haas, Racing Point Force India, Sauber ou même Toro Rosso l’an dernier.

La situation est même alarmante pour Williams, qui a encore moins de ressources que McLaren. Si l’écurie de Grove a autant sombré l’an dernier, c’est aussi et peut-être surtout parce qu’elle ne pouvait compter sur l’appui d’un constructeur, comme Sauber avec Ferrari.

McLaren et Williams se retrouvent ainsi à la croisée des chemins, et le statu quo, en apparence, paraît insurmontable. Heureusement, l’introduction des budgets plafonnés à compter de 2021, ainsi qu’une possible standardisation plus poussée des pièces, devraient permettre à McLaren et Williams de préserver leur modèle d’indépendance et leur fierté. Liberty Media et la FIA ont pris conscience du problème. En attendant 2021, pour McLaren et Williams, résister aux autres forces en milieu de grille s’annonce malaisé.

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