Le GP de Monaco F1 a été prolongé dans une certaine amertume

Boeri admet des concessions à la FOM qui ne seront peut-être pas réalistes

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Par Franck Drui

25 septembre 2022 - 11:42
Le GP de Monaco F1 a été prolongé (...)

Michel Boeri, le président de l’Automobile Club de Monaco (ACM) est revenu dans les colonnes de Monaco Matin sur la prolongation du Grand Prix dans la Principauté pour trois années de plus.

Après quelques mois d’incertitudes, mais aussi de désaccords entre la FOM et l’ACM concernant les privilèges de ce Grand Prix, il a finalement pu être intégré au calendrier officiel de 2023 de la F1.

"L’affaire est close. C’est signé aux conditions qui sont celles que nous avons acceptées, sachant que nous sauvegardons l’essentiel de nos prérogatives et que certaines choses qui ont été dites, comme un contrôle à venir des spectateurs sur les balcons et terrasses ne sont pas faisables matériellement," explique Boeri.

"Il faut que ce soit clair et que tout le monde arrête de se faire du souci. En revanche, il reste quelques points de détails comme les ventes de t-shirts sauvages qui ne peuvent pas avoir lieu. On nous impose certains modèles et logos mais ce sont de petites choses par rapport à ce que l’on risquait."

"Il est vrai que cela n’a pas été facile et contrairement à ce qui a été écrit, par défaut de traduction, on ne sort pas de là ’fiers’. On sort de là au mieux soulagés et contents d’en avoir fini."

Lorsqu’on lui demande si la FOM se retrouve maintenant en position de force dans les négociations, étant donné la popularité de la F1, Boeri ne nie pas que l’ACM était sous pression. Le Prince Albert serait même intervenu pour sauver la course.

"Le Prince s’est rapproché de certaines personnes pour rappeler que le dialogue ne serait jamais stoppé et que l’on n’arriverait pas à une situation de conflit et de blocage. Cela nous a permis de conclure rapidement sur un prix intéressant, avec quelques concessions mais encore une fois il faudra voir sur le terrain comment elles pourront être respectées et réalisées."

"À l’instant où il a été connu que le Grand Prix était indispensable à Monaco, le jeu de poker que nous menions était faussé. Cela aurait pu être mieux négocié ou moins bien négocié mais le but est atteint sachant que nous ne sommes pas les seuls dans la compétition. La France a été évincée, l’Allemagne n’a plus de Grand Prix théoriquement, l’Italie va devoir faire un effort, la Belgique est en sursis."

"On a tiré notre épingle du jeu, peut-être pas très glorieusement mais nous sommes là pour en parler et c’est déjà pas mal. N’oublions pas que cinq ou six possibilités de Grands Prix n’ont pas été attribuées et ne le seront qu’à une hauteur d’engagement financier que nous, nous ne pourrions plus supporter."

Quant à la durée de 3 ans qui peut sembler faible pour un tel Grand Prix prestigieux, Boeri assume. Et confie que la FOM risque de se casser les dents en ayant voulu reprendre certaines choses sous son aile.

"Les trois années ne nous ont pas été imposées, cela a été mon choix. Beaucoup de clauses qui nous sont imposées aujourd’hui doivent être revues parce qu’elles ne sont pas matériellement réalisables. Donc j’ai préféré imaginer que dans trois ans, ayant goûté aux joies et aux difficultés de l’organisation à Monaco, ces messieurs de la Formule 1 reviendraient peut-être à des sentiments de souplesse. Ce qui est souhaitable pour eux comme pour nous puisque personne n’a envie d’être dans le scandale d’une organisation ratée."

On sent l’amertume monter...

"C’est une vue de l’esprit de penser que chaque point du contrat doit être exécuté à Monaco. Ayant constaté la difficulté de ces clauses, nous pensons qu’ils seront peut-être très heureux eux-mêmes de modifier le contrat. Il y a un contrat type qui est infligé à chaque organisateur. Les contrats sont secrets mais on ne s’en est pas trop mal sortis. On n’a pas été les plus maltraités."

"Il y a un différentiel de 1 à 4 sur les prix des plateaux. Et nous ne sommes pas le Grand Prix qui paye le plus cher. Mais pour les prochaines négociations, ils recommenceront sans moi. Le temps a passé très vite et je suis resté parce que cela me plaisait bien. On avait une certaine autonomie, une liberté d’entreprendre, on pouvait inventer et modifier les choses. Maintenant on est encadré. À l’instant où on est contraint, cela fatigue."

"Il fut un temps où nous traitions entre Européens et nous savions jusqu’où l’on pouvait aller dans les négociations, avec des questions de traditions qui comptaient. Il y avait une manière de penser les Grands Prix, dont la source est européenne. Cela a été le cas sous Ecclestone. On s’est battus mais on s’est arrangés. Ne parlons pas de Balestre, mais on s’est arrangés aussi. Cela a été plus soft avec Mosley. Et avec Todt nous n’avons eu aucun problème. Aujourd’hui, la question n’est plus envisageable sur le même rapport affectif et historique. Il y a une société qui est là pour gagner de l’argent. Cela n’a rien d’outrageant mais plus ils en gagnent mieux ils se portent. Si un Grand Prix offre cinq fois ce que nous pouvons offrir, normalement il gagne."

Le président de l’ACM précise notamment que la FOM reprendra à son compte la réalisation TV, même si un réalisateur associé propre à Monaco sera toujours présent. Un mal nécessaire...

"Dans la vie, il y a le règlement, la sensibilité et l’intelligence. Chacun appartient à un régiment mais pourquoi on se tournerait le dos ? Surtout quand l’objectif commun est de réussir. Cela n’a pas toujours été le cas avec les directeurs de course c’est vrai, mais c’est logique que nous soyons impliqués chez nous pour une question de connaissance du terrain. Nous sommes opérationnels, ensuite se greffent des problèmes commerciaux et juridiques dont nous n’avions pas l’habitude. On fait du sport."

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