Formule 1

La mascarade doit cesser : en Australie, le cirque de la F1 est devenu tragique

Maintenir le GP est désormais un risque sanitaire et marketing d’ampleur pour le sport

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Par A. Combralier

12 mars 2020 - 17:12
La mascarade doit cesser : en (...)

Melbourne, une fête désormais gâchée

Ce week-end en Australie devait être initialement un moment de joie et de fête marqué par le retour de la F1, lors d’un Grand Prix de surcroît très populaire, non loin de l’hyper-centre de Melbourne. Il n’en sera finalement rien. La pandémie de coronavirus a jeté une chape de plomb sur le paddock, comme d’ailleurs sur l’essentiel des grandes manifestations sportives.

La situation a évolué de manière spectaculaire en l’espace de quelques heures ce jeudi. Après avoir annoncé qu’un membre de son personnel avait été contrôlé positif au Covid-19, McLaren F1 a dans la foulée annoncé son retrait de l’épreuve. Même si d’autres employés de Haas ont été eux contrôlés négatifs, cette annonce choc devrait, selon toute vraisemblance, conduire à l’annulation du Grand Prix. La décision aurait déjà été prise selon plusieurs sources, l’information est attendue dans les minutes ou l’heure à venir.

Du reste, la F1 a-t-elle désormais un autre choix ? Ce n’est guère concevable…

Victime de cette situation initialement, la F1 – la FIA et la FOM confondues – ont pourtant donné l’impression de gérer redoutablement mal ces données inédites… au point que la victime puisse se transformer aux yeux de certains, en coupable.

Initialement, la F1 a semblé vouloir tout faire pour maintenir ce Grand Prix, au point d’affréter des charters spéciaux pour acheminer le fret et le matériel nécessaires. Tout en assurant veiller de très près à la santé et la sécurité de tous, la F1 n’a pas voulu prendre le risque d’annuler un premier rendez-vous très attendu. Pire, même, sur les réseaux sociaux, la communication de la F1 adoptait le « business as usual », à grands renforts de trailers festifs pour célébrer ce premier Grand Prix et les 70 ans de la F1. Un brin décalé…

Il s’agit là d’ailleurs d’une attitude conforme à celle qu’avait adoptée la F1 au moment de reporter le Grand Prix de Chine : encore aujourd’hui, le discours officiel est que ce Grand Prix est reporté, et non annulé, après que le sport a longtemps tardé à vouloir accepter la réalité de la situation en République Populaire.

Ross Brawn, le manager des sports mécaniques pour Liberty Media, avait certes assuré qu’un Grand Prix ne pourrait se tenir si une équipe était empêchée de se rendre en Australie, et que si une équipe venait à manquer à l’appel, la course serait annulée ; mais il ajoutait dans la foulée que si une équipe arrivait bien à Melbourne, en annulant ensuite sa participation au Grand Prix, alors, la situation serait analysée de manière différente – comprenons que le Grand Prix ne saurait cette fois être annulé.

Désormais, la F1 est confrontée à ses propres contradictions et, pour sauver encore ce qui peut l’être, doit siffler la fin de la récréation – ce qui semble être la tendance à l’heure où ces lignes sont écrites. Pour des raisons et de responsabilité sanitaire, mais aussi, plus matérialistes, d’efficacité et d’image à long terme, l’annulation du Grand Prix devient en effet l’unique option responsable.

Le maintien du GP, un risque sanitaire…

Si cette annulation est indispensable, c’est donc tout d’abord, et logiquement, pour des motifs de responsabilité sanitaire.

Sur les réseaux sociaux, des images de spectateurs collés les uns contre les autres, avant l’ouverture du pit walk le jeudi, ont largement fait jaser. Alors que la plupart des événements sportifs sont annulés, pour éviter de pareils attroupements de foule, alors même que l’on sait le virus plus contagieux que par exemple celui de la grippe saisonnière, la F1 prend un véritable risque sanitaire, en faisant en sorte que ce genre de rassemblements demeure de l’ordre du possible.

L’OMS a depuis plusieurs années, comme nous vous le rapportions, alerté contre le risque des rassemblements et manifestations de masse. Et même si l’organisation internationale n’avait pas encore émis d’avis formel, tendant à interdire ce genre de manifestation (elle n’en a d’ailleurs pas le pouvoir), il était bien évident que la F1, au vu de sa nature globale, multiculturelle, était un évènement à risque par excellence – encore plus que l’organisation d’un match de football d’un championnat national.

L’employé contrôlé positif chez McLaren, court ainsi le risque, malgré lui, d’avoir déclenché un nouveau « cluster » de contagion dans l’État de Victoria, qui était jusqu’ici relativement épargné par le problème. La F1 a alors pris un risque sans doute inconsidéré avec le recul.

Mais il faut aussi être juste avec les dirigeants du sport. La F1 n’est pas seule en cause. L’État de Victoria a normalement compétence pour décider ou non de l’annulation de ce type d’événements. Sa responsabilité est au moins aussi grande que celle du sport dans cette affaire. Théoriquement, la F1, qui est un business, n’a pas à se soucier de l’intérêt général, mais de son propre intérêt – au contraire des autorités locales.

Il n’en demeure pas moins que par sa communication maladroite, la F1 a aussi une part de responsabilité importante en la matière… et a ainsi couru le risque de ternir son image sur le long terme.

… mais aussi pour l’image et la rentabilité du sport à plus long terme

Car en effet, la volonté de maintenir le Grand Prix n’est pas non plus une bonne affaire, paradoxalement, sur le plan financier. Certes, une annulation coûterait cher à la FOM, en termes de prize money, de ventes de billets, de droits de retransmission. A court terme du moins.

Mais à long terme, le prix à payer pour le maintien d’un Grand Prix pourrait être plus élevé que son annulation. En effet, la F1 risque dans cette affaire, si ce n’est déjà fait, de dégrader considérablement son image, et ainsi de perdre les millions afférents.

L’image est encore plus terrible quand c’est la star même du sport, sa figure de proue, Lewis Hamilton, qui attaque publiquement la responsabilité de la F1 devant les médias à Melbourne : « C’est choquant que nous soyons tous assis dans cette salle » avait ainsi rappelé le pilote Mercedes ce matin. « C’est inquiétant pour les gens ici de voir tant de monde arriver depuis l’Europe. Je vois Jackie Stewart dans le paddock, c’est un homme âgé, il prend des risques. C’est inquiétant, vraiment. Et c’est inquiétant pour moi aussi. Mais l’argent est roi... Tout a l’air de se dérouler normalement mais en réalité rien n’est normal. J’espère juste qu’il n’y aura rien de grave ce week-end, vraiment. »

Mettons-nous un instant dans la peau d’un habitant de Melbourne, non-amateur de F1, et qui verrait, à la télévision, des images de spectateurs agglutinés les uns contre les autres, en attendant l’ouverture du paddock ; imaginons, la minute d’après, que ce spectateur apprenne qu’un cas de Covid-19 ait été déclaré chez McLaren… Il faut alors se mettre dans sa situation : il verrait la F1 comme un sport irresponsable, pas assez précautionneux pour être autorisé à courir dans les grands centres urbains.

Les opposants au Grand Prix de Miami devraient logiquement se saisir de cet argument dans les semaines à venir, en arguant que la F1 a prouvé qu’elle pouvait être un danger sanitaire en important des maladies internationales.

A terme, en maintenant le Grand Prix, pour préserver des recettes de court terme, la F1 a ainsi couru le risque de perdre des recettes de long terme bien plus importantes.

Le mal est même déjà fait – peu importe si le Grand Prix est annulé ou non. Les derniers événements donnent ainsi ô combien raison à Lewis Hamilton et à tous ceux qui craignaient que la F1 ne prenne un risque inconsidéré en venant à Melbourne. Melbourne devait être une fête, la fête est gâchée – et ce n’est plus la simple faute d’un virus...

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