Formule 1

La F1 en Arabie Saoudite ? Les enjeux financiers et géopolitiques qui font débat aujourd’hui…

Un Grand Prix déjà controversé ?

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Par Olivier Ferret

8 août 2019 - 18:53
La F1 en Arabie Saoudite ? Les (...)

Liberty Media, qui cherche à étendre le calendrier à 25 courses d’ici quelques années, serait en négociations avancées pour organiser un futur Grand Prix en Arabie Saoudite. Le Royaume wahhabite serait prêt à payer une somme considérable pour l’organisation d’un Grand Prix – la somme de 50 millions de dollars par an a été avancée. C’est d’ailleurs pourquoi l’action de Liberty Media a immédiatement progressé de 3 % en Bourse…

L’organisation de ce potentiel troisième Grand Prix au Moyen-Orient s’inscrit dans la stratégie de diversification de l’Arabie Saoudite. Pour faire face à l’épuisement annoncé des réserves pétrolifères dans les prochaines décennies, le prince héritier, Mohamed ben Salmane, a lancé le projet « Vision 2030 » : l’objectif est de sortir de la dépendance du tout-pétrole, pour développer les industries notamment touristiques et culturelles. La F1 s’inscrit en plein dans ce projet.

C’est d’ailleurs dans le même esprit que l’Arabie Saoudite est maintenant devenue un acteur important sur la scène du sport auto. Le Dakar s’y tiendra l’an prochain. Et un e-Prix s’y déroule déjà.

Après la Formule E et le Dakar, bientôt la F1 ? Le circuit F1, dans l’état actuel du projet, serait ainsi situé à une heure de Riyad, la capitale, à Qiddya. Le Royaume entend y édifier une vaste cité toute entière dédiée au divertissement, pour en faire un des fers de lance du projet Vision 2030.

Alexander Wurz, le président du GPDA, officie ainsi comme consultant pour les promoteurs saoudiens. Son intention serait de construire un des circuits les plus longs et spectaculaires du calendrier – avec une longueur qui dépasserait les 7 km de Spa, à l’image de la démesure du projet saoudien. Les F1 pourraient passer devant un aquarium illuminé, pour que le spectacle soit autant visuel que sur la piste. Le dénivelé de la piste, comme à Spa encore, devrait aussi être très variable. L’Arabie Saoudite viserait un premier Grand Prix en 2021, mais l’ampleur du chantier laisse sceptiques la plupart des observateurs. 2022 serait une date plus réaliste.

Toujours du point de vue économique, un Grand Prix en Arabie Saoudite présente-t-il autant d’intérêt pour le Royaume que pour la Formule 1 elle-même ? Certes, Liberty Media entend conquérir de nouveaux marchés ; c’est d’ailleurs pourquoi un Grand Prix sera organisé l’an prochain à Hanoi – et de même, la F1 envisage de retourner en Afrique, continent où elle est absente. Mais est-il encore possible de gagner des parts de marché dans le Golfe ? Deux Grands Prix, à Bahreïn et à Abu Dhabi, y sont déjà organisés. On peut douter que des marges de progression existent, au point de justifier l’organisation d’un troisième Grand Prix pour conquérir le grand public dans cette région. Mais en Arabie Saoudite, l’objectif de Liberty Media pourrait être moins les millions (de fans) que les millions (de dollars) promis par les promoteurs…

Si l’on se situe sur un autre plan, politique et éthique, les interrogations se font plus vives encore : alors que la FIA s’engage pour l’égalité femmes/hommes dans le sport auto (lancement des W series), courir en Arabie Saoudite serait-il du plus bel effet ? On se souvient d’ailleurs que Sebastian Vettel, en 2017, avait refusé de participer à la Race of Champions organisée en Arabie Saoudite, pour protester contre le traitement réservé aux femmes dans ce pays.

Un autre aspect, plus géopolitique enfin, doit être considéré : le Grand Prix de Bahreïn dispose d’un droit de veto pour bloquer l’organisation d’une autre course au Moyen-Orient. Le circuit de Sakhir aurait déjà joué de cette cause pour annuler l’organisation d’un Grand Prix prévu au Qatar.

Bahreïn en fera-t-il de même pour l’Arabie Saoudite ? C’est bien moins probable. Les relations entre Bahreïn et le Qatar sont exécrables, tandis que l’Arabie Saoudite est un proche allié de Bahreïn. Les deux États sont d’ailleurs unis, au sein du Conseil de Coopération du Golfe (CCG), dans le blocus imposé au Qatar. Et c’est grâce à l’intervention militaire de l’Arabie Saoudite, en 2011, que le mouvement de protestation chiite à Bahreïn (pays dont la majorité de la population est chiite, mais dont le gouvernement est sunnite) avait pu être étouffé.

L’horizon semble ainsi plus dégagé pour l’Arabie Saoudite que pour le Qatar. Cela suffira-t-il pour convaincre les pilotes, les équipes, et le public de l’intérêt d’un tel Grand Prix ? Sean Bratches, chargé des relations avec les promoteurs, a une lourde tâche devant lui…

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