La F1 condamnée à être un ‘blockbuster’ souvent ennuyeux ?

Les écarts sont-ils trop faibles sur la grille F1 pour dépasser ?

Par Alexandre Combralier

6 mai 2023 - 15:50
La F1 condamnée à être un ‘blockbuster

Le peu de spectacle vu à Bakou, ainsi que le faible nombre de dépassements, ont fait réagir les pilotes en conférence de presse à Miami (voir notre article). Ils demandaient notamment à la FIA d’arrêter de raccourcir les zones DRS.

Que pensent les directeurs d’équipe, maintenant, de cette diminution du spectacle depuis quelques Grands Prix ? N’est-ce pas aussi une certaine fatalité en F1, comme le rappelait récemment Fernando Alonso, qui soulignait que les processions faisaient en quelque sorte partie de l’ADN de la F1 ?

Voir une F1 divertissante de bout en bout : objectif réaliste ou utopique ?

Chez AlphaTauri, Franz Tost a été le premier interrogé sur ce sujet.

« Le modèle de la Formule 1 est une réussite et je ne pense pas qu’il faille y changer quoi que ce soit. Sinon, les fans seront encore plus déconcertés. Nous ne devrions pas tout changer toutes les cinq minutes. »

Christian Horner est bien sûr en partie visé par ces interrogations : si Red Bull n’écrasait pas autant la saison, le spectacle serait beau pour la tête de course entre Mercedes, Aston Martin F1 et Ferrari...

« Une saison de Formule 1 est comme, vous savez, comme un long livre dont chaque chapitre ne peut pas être un blockbuster. Et particulièrement avec le nombre de courses que nous avons, vous avez des courses qui sont parfois un peu statiques. Vous avez parfois des courses qui sont des événements phénoménaux et il n’y a pas d’ingrédient magique autre que des variables qui changent tout, ou le hasard. »

« La météo peut jouer un rôle ou la dégradation des pneus par exemple, mais inévitablement, il y aura parfois des courses qui seront un peu moins divertissantes que d’autres, comme on le voit dans les matchs de football et dans toutes sortes d’autres sports. »

Christian Horner pense-t-il, comme la plupart des pilotes, que la FIA n’aurait pas dû raccourcir les zones DRS à Bakou puis Miami ?

« C’est une question délicate. La zone DRS à Bakou a été réduite de 100 mètres et peut-être que c’est allé un peu trop loin. Peut-être qu’il fallait la ramener à 50 mètres, parce que c’était très statique sur l’ensemble de la grille quand on la regardait. Donc oui, c’était surprenant qu’une piste qui est habituellement relativement simple pour les dépassements, devienne soudainement beaucoup plus difficile ; et peut-être que cette zone réduite a joué un rôle dans cela. »

Wolff n’appelle pas à prendre des décisions à chaud

Toto Wolff écrasait aussi auparavant le sport avec Mercedes F1 : serait-il désormais en faveur d’une adaptation du règlement pour ralentir Red Bull et augmenter le spectacle, comme le souhaitait Lewis Hamilton ?

« Le sport doit éviter les réactions instinctives après une course comme celle-là. Oui, dans ce sport, nous avons tendance à être maniaco-dépressifs, à passer de l’exubérance à la dépression quand les choses vont bien, puis c’est génial, puis nous avons une course qui n’est pas terrible et évidemment nous en parlons. Beaucoup de choses ont été sorties de leur contexte pour faire les gros titres. »

« Nous devons simplement voir quelle est la situation : les dépassements sont-ils plus difficiles ou non ? Les 20 voitures sont-elles en une seconde ? Est-ce que c’est la bonne chose à faire ou non ? Et est-ce que nous créons trop d’appui aérodynamique à travers le fond plat ? Pour moi, tout cela n’a pas de bonne réponse. »

« Il faut donc trouver une base de référence sur les prochaines courses, voir s’il y a quelque chose que l’on peut améliorer. Comme Christian l’a dit, rajouter 100 mètres de zones DRS aurait pu faire la différence, nous verrons. »

Trop peu d’écart entre les voitures : un frein pour les dépassements finalement ?

Zak Brown, le PDG de McLaren Racing, souligne que ce problème de spectacle est lié finalement au peu d’écart de performance entre les voitures. Car pour dépasser, il faut normalement un plus gros écart de performance entre chaque voiture (d’où aussi le rôle de la dégradation des Pirelli).

Tel est le paradoxe : la FOM voulait réduire les écarts, et cela réduit in fine les dépassements !

« Les équipes, Stefano et la FIA travaillent toujours en étroite collaboration pour trouver des moyens d’améliorer certains aspects du sport. Je pense que lorsque la grille est aussi proche qu’elle l’est, indépendamment de la façon dont les voitures sont construites, si vous n’êtes qu’un dixième ou moins d’un dixième plus rapide, il sera difficile de dépasser qui que ce soit, dans n’importe quelle forme de sport automobile. »

« Nous sommes au début de l’année, alors voyons comment les choses se déroulent. Et nous essayons constamment de trouver des moyens d’améliorer les courses, les qualifications et le spectacle. »

Otmar Szafnauer relativise enfin en soulignant que le nouveau règlement aérodynamique de 2022 a déjà produit de bonnes conséquences : peut-être faut-il lui donner le temps d’arriver à maturité.

« Ces voitures en sont à leur deuxième année de course. Le règlement technique avait à l’esprit les dépassements, avec des voitures à effet de sol, permettant des courses plus serrées, de sorte que le poids des F1 n’ait pas un impact aussi important sur l’aérodynamique. »

« Nous avons fait un pas dans la bonne direction et nous verrons comment nous allons évoluer. Je pense aussi que s’il y a un dixième ou deux entre chaque voiture, c’est difficile de dépasser mais pas impossible. Je pense donc qu’il y a de bonnes courses à venir. »

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