Formule 1

Kubica, l’ombre d’un doute ?

Quel sera le niveau du Polonais face à George Russell ?

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Par A. Combralier

10 février 2019 - 17:14
Kubica, l'ombre d'un doute ?

Le retour de Robert Kubica chez Williams, en tant que titulaire, est évidemment une belle histoire humaine. Mais, après quasiment une décennie d’absence sur la grille, et face à un George Russell très prometteur, quel sera le véritable niveau de compétitivité du Polonais cette saison ? Sera-t-il diminué par ses limitations physiques ? Ou retrouvera-t-il, immédiatement, son rythme de la fin des années 2000 ?

Les doutes autour de la future compétitivité de Robert Kubica ne peuvent, hélas, pas être écartés. Au contraire, ils se sont même accumulés ces dernières semaines.

Dès l’annonce du retour du Polonais dans la discipline en tant que titulaire, Sebastian Vettel avait été une des premières voix discordantes. « J’ai des sentiments mitigés » reconnaissait le pilote Ferrari. « D’un côté, cela me fait plaisir à titre personnel. Personne ne peut imaginer à quel point ça a été dur pour lui, et ce qu’il a traversé. D’un autre côté, il y a aussi des jeunes pilotes qui méritent une chance. »

Plusieurs observateurs du monde de la F1 reconnaissent être sceptiques sur l’état de forme physique de l’ancien pilote Renault, toujours largement handicapé du bras droit. « Je suis un peu nerveux à propos du retour de Robert » a ainsi récemment confié Mark Webber. « Je suis un grand fan mais j’espère juste qu’avec ses limitations physiques, au niveau de son bras droit, il n’y aura pas trop de frustrations lors de certains scénarios qui pourraient survenir pour lui. Comme piloter sous la pluie, en cas d’aquaplaning, s’il doit passer par-dessus un vibreur, ce genre de choses. »

Le management de Williams, lui-même, a donné des raisons légitimes de douter du futur niveau de Robert Kubica. Faut-il rappeler qu’en 2018, un processus de sélection défini comme « très rigoureux et complet » par Paddy Lowe, le directeur technique, avait conduit à écarter le Polonais au profit du rookie Sergey Sirotkin ? A l’époque, Paddy Lowe disait que Sergey avait pris le dessus sur Kubica, « avec son rythme de pilotage et son talent, son retour technique et son éthique de travail, tant à l’usine que lors des essais d’Abu Dhabi. » Bien entendu, des considérations financières entrent également en jeu : depuis, Sergey Sirotkin a perdu le soutien de ses sponsors russes, et Robert Kubica s’est attiré l’apport d’un pétrolier polonais. Mais tout de même, le processus de sélection de l’an dernier confirme qu’il n’y avait pas d’évidence à choisir entre le Russe et le Polonais.

Robert Kubica, en personne, s’attend lui aussi à vivre des moments complexes pour son retour. Il a ainsi assuré que « rester en F1 serait plus difficile que d’y revenir. » « Il faut être réaliste, ce ne sera pas facile. C’est un grand défi que d’arriver en F1. Ce sera un plus grand défi encore du point de vue sportif, de s’assurer que je performe au niveau que l’on attend de moi. »

Enfin, comme le rappelait, il y a un an, Jacques Villeneuve, la saison 2010 de Robert Kubica, chez Renault, avait été réussie sans être mémorable. « En plus, à la fin de sa carrière, il avait déjà du mal contre Petrov. Il a gagné sa course, comme Maldonado et après, qu’est-ce qu’il a fait ? Ajoute à ça qu’il n’est pas à 100% aujourd’hui. Comment tu veux faire avec ça ? » lançait, dans son style habituel, le consultant de Canal +.

Robert Kubica a d’autant plus à craindre qu’il fera face à un futur top-pilote en puissance : George Russell. Le Britannique, protégé de Mercedes, a impressionné en Formule 2 l’an dernier, surtout en deuxième moitié de saison. Il a pris le dessus sur Lando Norris et Alexander Albon, qui seront eux aussi titulaires cette saison. Et contrairement à Robert Kubica, son âge lui permet d’être sur la pente ascendante, avec encore un maximum de potentiel à débloquer.

Le Polonais se méfie donc particulièrement de son coéquipier, qui pourrait mettre à mal sa réputation cette saison : « George est un très bon pilote, l’un des plus talentueux de la jeune génération. Il a gagné en F2, il a gagné en GP3, il est très talentueux et déterminé. De ce que je sais, il est aussi un gars bien. Il est très mature pour son jeune âge et je pense que ça fait une grande différence. Quand je suis arrivé en F1, les jeunes devaient faire connaissance avec la F1, et y sont bien mieux préparés aujourd’hui." »

En prenant en compte l’ensemble de ces éléments, l’enthousiasme médiatique autour du retour de Robert Kubica doit donc être nuancé.

Heureusement, pour tous les fans du Polonais, il existe pourtant aussi de réelles raisons d’espérer. Robert Kubica s’était montré plutôt véloce avec Renault, en essais privés. Son expérience devrait être un atout précieux pour dompter une monoplace potentiellement rétive, et pour saisir la moindre occasion en piste. Et quoi qu’en dise Jacques Villeneuve, en 2010, le différentiel de points face à Petrov (136 contre 27) était significatif.

Fin connaisseur de la F1 des années 2000, Bernie Ecclestone s’attend même à ce que Robert Kubica marque les esprits… « Si Robert n’avait pas eu son accident, il serait champion du monde. Je pense qu’il reviendra encore plus fort qu’avant. Il est meilleur mentalement et sera plus agressif qu’il ne l’était. Je ne vois que des bonnes choses devant. »

Quel que soit le niveau de compétitivité de Robert Kubica cette saison, une chose restera acquise : en revenant en F1, le Polonais a donné une leçon de vie et de courage qu’on ne peut qu’admirer.

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