Formule 1

Grosjean revient sur l’inquiétude causée à sa famille

Après le choc du crash, le Français pourrait renoncer à l’IndyCar

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Par Alexandre C.

4 décembre 2020 - 15:32
Grosjean revient sur l’inquiétude (...)

C’est à ses proches et à sa famille (Marion et ses trois enfants) qu’a bien sûr pensé, en premier, Romain Grosjean lorsqu’il a subi son terrible accident du dernier Grand Prix de Bahreïn. Ce crash a rappelé au Français, et à tous les pilotes, les risques du métier.

Les plus noires pensées continuent aujourd’hui encore de traverser le pilote Haas.

« Ce qui est le plus dur pour moi n’est pas ce que j’ai vécu. C’est ma vie, mon travail et le risque que nous prenons nous les pilotes. Mais le plus dur, c’est ce que je fais subir aux gens. Ma famille, mes parents, ma femme, mes enfants, mes amis, pendant plus de deux minutes, leur ami, leur père, leur mari était mort. Et c’est ce sur quoi je travaille parce que c’est ce qui me fait pleurer – faire souffrir les gens à ce point. »

C’est en particulier vers ses enfants que Romain Grosjean tourne ses pensées : comment aujourd’hui remettre en perspective les terribles images qu’ils ont pu voir en direct ?

« Mes enfants ont beaucoup de questions. Mon fils aîné Sacha avait peur que je revienne tout noir, tout brûlé. Que je ne serais plus jamais le même. Alors, il était très soulagé quand il m’a vu et que j’ai eu le même regard. Mon fils, Simon, cinq ans, est convaincu que j’ai un bouclier d’amour et que je peux voler. Il n’accepte pas le fait que je puisse sortir de la voiture, il pense que je me suis envolé. Il est convaincu, et c’est pourquoi ils pensent que je suis un super-héros. »

« Ma fille, qui a trois ans, c’est un peu plus difficile de savoir exactement ce qu’elle pense. Elle dessine tous les jours quelque chose pour ma blessure à la main, et elle m’envoie un baiser tous les jours et un câlin, et elle pense que je vais guérir comme ça. »

« Mais ils vont bien parce qu’hier je leur ai téléphoné en vidéo et ils ne voulaient même pas venir me voir, ils jouaient dehors ! C’est probablement la première fois que j’étais heureux qu’ils ne viennent pas me voir ! Parce que ça veut dire qu’ils allaient bien, ils sont revenus à leur vie normale. Sacha, sept ans, est allé devant sa classe pendant 45 minutes le matin pour en parler. Ses amis ont posé des questions et il a expliqué et il leur a raconté ce que je lui avais dit. »

« Marion, je pense que ça a été très dur pour elle, et elle s’est envolée pour Bahreïn. Mercredi soir, elle est arrivée. Pour elle, il était essentiel de me serrer dans ses bras parce que même si elle pouvait me voir dans la vidéo... Je suppose qu’il était difficile de comprendre que oui, j’étais en un seul morceau. Alors, elle a pris l’avion, elle m’a serré dans ses bras et je pense que depuis, ça va mieux. »

Pour autant, même après cette terrible expérience, le virus de la course n’a pas quitté Romain Grosjean. Mais sa famille accepte-t-il ce choix de poursuivre la course auto ?

« Le premier appel vidéo que j’ai fait avec ma femme, mes enfants et mon père, j’ai dit que j’irais faire courir à Abu Dhabi. »

« Et vous pouvez imaginer la réaction, ils n’ont pas été très impressionnés. Et je ne les blâmerai pas. Et je comprendrai toujours qu’ils ne l’acceptent pas. C’est très égoïste, mais c’est ce dont j’ai besoin et c’est ce que je veux faire. Si cela n’arrive pas, eh bien, je suis en vie. J’aurai beaucoup d’autres opportunités à l’avenir. »

Mais alors que Grosjean envisageait IndyCar pour rebondir après la F1, cet accident semble lui avoir fait changer d’avis...

« Le premier et seul objectif aujourd’hui est d’essayer de retourner à Abu Dhabi et de comprendre comment cela fonctionne pour moi. Nous avons parlé de l’IndyCar à un moment donné. Penser à ces ovales, à leur risque, car on peut y avoir un gros crash, avoir ma famille, au loin, me regardant à la TV, c’est difficile et je ne sais pas si je pourrais y arriver. J’ai décidé de ne prendre aucune décision pour l’instant, jusqu’à ce que je puisse peut-être participer à une course à Abu Dhabi, pour avoir un peu plus de temps. La semaine dernière, la priorité était de signer un contrat et de trouver un moyen d’aller courir en 2021. La priorité actuelle est un peu différente et si je ne fais pas de course en 2021, je ferai du vélo, du kitesurf, je passerai du temps avec mes enfants, je profiterai de la vie et j’aurai des congés que je n’ai pas eus depuis mes 17 ans, probablement. »

« J’aurai une superlicence en 2021 et nous avons vu que personne n’est à l’abri du COVID. Alors, voyons voir. »

Romain Grosjean voudra conclure sa carrière en F1 à Abu Dhabi, en tant que titulaire, lors du dernier Grand Prix, mais il ne prendra pas pour autant de risques inconsidérés pour cela.

« Il me reste une soixantaine d’années à vivre avec ma main gauche. Donc, une course, c’est important pour moi, mais ce n’est pas aussi important que de vivre une vie normale pour le reste de ma vie. C’est un objectif et je pense que cela m’aide à rester positif et à continuer à avancer. La première étape hier a été d’aller sur la piste, et l’une des premières choses que j’ai faites a été d’aller à la voiture, de regarder le halo et le cockpit et de voir s’il y avait des sentiments étranges, de la panique, des moments d’effroi et c’était bien. C’est déjà une sorte d’étape positive. »

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