Formule 1

Good guy, bad guy : les frasques de Mazepin, un contraste salutaire pour Mick Schumacher ?

Deux « fils de » certes, mais à la perception très différente

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Par Alexandre C.

24 janvier 2021 - 19:01
Good guy, bad guy : les frasques de (...)

Chez Haas F1, il y a aura deux débutants en 2021 – Nikita Mazepin et Mick Schumacher. Soucieux de donner un nouvel élan à son équipe pour 2022, et contraint aussi de trouver d’autres ressources financières (et d’économiser les salaires de Kevin Magnussen et Romain Grosjean), Günther Steiner a ainsi décidé d’un line-up 100 % rookie et 100 %... en contraste.

Certes, nous en voici en face de « fils de ». Le père de l’un est un richissime homme d’affaires, le père de l’autre – on ne le présente plus. Mais la comparaison s’arrête là. Car l’image dont bénéficient les deux nouveaux pilotes de l’équipe est tout à fait à l’opposé.

D’un côté, il y a le « bad guy » Nikita Mazepin. Encore aujourd’hui, en-dessous d’un twitt revenant sur la victoire de Mazepin en F2, à Silverstone, Haas a déclenché une flopée de tweets, en réponse, négatifs, les fans déplorant sa titularisation en F1. Ses frasques ne peuvent se résumer à la seule vidéo où l’on voit le Russe dans une voiture de luxe, en train de profiter visiblement de l’état d’ivresse d’une jeune femme sur la banquette arrière. Son palmarès du déshonneur est aussi très riche.

Pour le hors-piste, citons une bagarre avec Callum Ilott, ou un chantage au coming-out. Pour le hors-piste, rappelons la fois où Nikita Mazepin, pénalisé de 5 secondes, perdit la tête de course sur tapis vert et « percuta » violemment le panneau numéro « 2 » à l’arrivée, à la grande surprise de Yuki Tsunoda, le vainqueur final ; rappelons-nous encore un geste et des changements de trajectoire plus qu’extrêmes (comme à Bahreïn) et des manœuvres souvent très agressives. Si bien qu’une pétition circule toujours pour l’écarter de la F1…

D’un autre côté, il y a Mick Schumacher. Un jeune homme « bien sous tous rapports », qui arrive à rester poli et humble – ce qui n’est pas facile quand on est le fils de Michael Schumacher. Le champion de F2 est aussi un grand professionnel, et son retour d’expérience, comme son humilité, sont déjà bien appréciés par l’équipe selon Günther Steiner, qui a pu voir Mick Schumacher travailler aux essais jeunes pilotes d’Abu Dhabi : « Il est très professionnel - vous pouvez voir qu’il a grandi dans une famille qui sait ce qu’est la course. C’est un type très agréable, très bien préparé techniquement. Les gars l’apprécient, son retour d’expérience aussi ; et il n’a aucun problème à admettre les choses où il a besoin de s’améliorer » comme Günther Steiner le confiait récemment.

Mick Schumacher ne balaie d’ailleurs pas les critiques qui estiment qu’il a été favorisé par le nom de son père : il préfère les assumer, plutôt que de nier l’évidence, renforçant là encore sa nature assez ouverte, sincère et humble. Il le disait par exemple dans une interview à la BBC : « Au final, je suis celui qui pilote la voiture, ce n’est pas mon nom qui pilote. De toute évidence, le nom ouvre beaucoup de portes, beaucoup de contacts, mais aucune de ces personnes ne court à ma place. Je fais cela parce que je veux le faire, parce que j’aime ce sport, l’adrénaline de piloter vite. Je n’ai aucun problème avec le fait d’être comparé parce que je sais pourquoi je fais cela. Je veux aller loin dans ce sport, je veux mettre mes pas dans ceux de mon père. »

Dans la même interview, Günther Steiner reconnaît que commencer aux côtés d’un autre rookie n’est pas la meilleure chose au monde pour Mick Schumacher : car il sera privé d’un mentor, d’un point de référence, comme Antonio Giovinazzi avec Kimi Räikkönen chez Alfa Romeo.

Sportivement, cela est vrai ; mais sur le plan de l’image personnelle, la nomination de Nikita Mazepin est sans doute la meilleure chose au monde pouvant arriver à Mick Schumacher. Car le fils du Kaiser s’épargne ainsi bien des critiques sur son histoire personnelle, sur le mérite de son arrivée en F1 ; il bénéficiera indubitablement de la comparaison incessante que l’on fera avec le « bad guy » Nikita Mazepin.
Cela montre que Mick Schumacher s’épargnera ainsi plus aisément une image de « fils à papa » ne méritant pas sa place – il a d’ailleurs remporté le championnat de F2, alors que Nikita Mazepin, sans démériter, a fini 5e.

Mazepin pourra ainsi détourner, attirer un flot de critiques de Mick Schumacher vers sa propre personne – comment critiquer le « good guy » quand on a un « bad guy » ?

Par extension, l’arrivée de Nikita Mazepin pourra aussi bénéficier à un autre pilote du paddock qu’on soupçonne, souvent, d’être un « fils à papa » : Lance Stroll. Là encore, le Canadien, comme Mick Schumacher, apparaît comme un pilote souriant et posé, certes aidé par le passé de son père (financier et non sportif cette fois-ci) ; mais au moins comme quelqu’un ne profitant de sa fortune familiale pour se permettre des frasques en tout genre. Il est même significatif que Lance Stroll et Esteban Ocon soient très bons amis hors-piste, alors même que le Français avait été écarté chez Force India pour laisser place nette au fils Stroll.

Cette image de « good guy » pour Mick Schumacher a cependant un revers : une personnalité encore très lisse, encadrée – on imagine, à chaque fois qu’il parle, une armée de conseillers en communication veiller sur lui. Pour pleinement s’épanouir en F1, Mick Schumacher devra aussi se construire une image propre, une certaine personnalité, une certaine profondeur ; mais il a encore bien le temps – et mieux vaut avoir une image neutre, qu’une image comme celle de Nikita Mazepin !

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