Formule 1

Délation, synergies, pièces de rechange : les conséquences inattendues des budgets plafonds en F1

Ils entrent en vigueur cette année

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Par Alexandre C.

16 janvier 2021 - 17:29
Délation, synergies, pièces de rechange :

C’est en cette année 2021 que les budgets plafonnés entrent officiellement en vigueur en F1, et un document de 47 pages émis par la FIA a précisé les contours de cette mesure révolutionnaire pour le sport.

Il faut tout d’abord savoir que les budgets plafonnés ne seront pas exactement de 145 millions de dollars, le montant annoncé, en 2021 : mais de 147,4 millions en réalité. Cela tient à l’adaptation des budgets plafonnés au prorata du nombre de courses : comme il doit y avoir 23 courses cette année, et que le montant de 145 millions vaut pour un calendrier à 21 courses, deux millions ont été ainsi ajoutés.

Rappelons que ce montant de base diminuera à 140 millions de dollars l’an prochain, et à 135 en 2022.

De nombreuses exceptions restent comprises : le budget marketing, le budget unité de puissance, les salaires des pilotes et des top-managers. Plafonner ces deux derniers montants est cependant en discussion – un plafond de 30 millions de dollars annuels est évoqué pour les pilotes.

Au niveau des contrôles, la FIA a aussi précisé les mesures strictes qui seront appliquées. Les équipes devront être transparentes sur toutes leurs dépenses, notamment en évitant de transférer des dépenses au niveau du groupe ou d’autres marques. Une kyrielle de règles précise aussi les cas où des dépenses sont partagées avec d’autres départements ou d’autres services, hors de l’équipe de F1.

Mais d’autres réallocations sont autorisées, par exemple de personnels. C’est ce qu’a fait Ferrari en transférant Simone Resta chez Haas, pour y apporter son savoir-faire technique. Et un bâtiment se construit même à Maranello pour accueillir des ingénieurs de Haas. C’est jouer avec les limites du règlement… Dans le même temps, Mercedes et Red Bull ont transféré du personnel vers d’autres projets.

La FIA veille quoi qu’il en soit : la Fédération a déjà sollicité des experts en audit pour investiguer tout cas suspect. Nul doute que le partenariat entre Haas et Ferrari sera scruté…

Et les sanctions seront dures en cas de manquement : amendes financières, pénalités sur la grille, limitations aérodynamiques, retrait de points ou bannissement du championnat ont de quoi dissuader ! Un panel de juges indépendant tranchera chaque cas.

Les lanceurs d’alerte seront d’ailleurs protégés : le panel pourra leur accorder l’immunité.

Les équipes pourront se surveiller entre elles : à tout moment elles pourront formuler une protestation officielle sur la base du règlement technique, financier ou sportif, auprès de la FIA. Alpine et Aston Martin F1 ne devraient pas se priver quand on connaît leur historique ! Il faudra cependant que l’équipe plaignante apporte des preuves valides et de bonne foi.

C’est ainsi un système de surveillance réciproque, avec une ambiance forcément un peu pesante, qui va s’installer en F1. Un système qui a été résumé ainsi par Ross Brawn, le manager des sports mécaniques pour Liberty Media, qui a énormément poussé par ces budgets plafonnés.

« Ce qui se passe classiquement en Formule 1, c’est qu’il y a une circulation constante du personnel entre les équipes, et la plupart des indiscrétions en Formule 1 ont été révélées parce que quelqu’un est passé d’une équipe à l’autre et leur a tout dit. Chaque équipe sait qu’elle ne pourra jamais continuer à faire ses activités frauduleuses, parce que quelqu’un partira la semaine prochaine ou la semaine suivante et qu’elle emportera cette information avec elle. Les équipes ont, dans un sens très cruel, cette police interne permanente, parce qu’elles savent que cet ingénieur va passer dans une autre équipe la saison prochaine et que vous ne pourrez pas retenir les informations qu’il détient. »

« Il y a donc l’autosurveillance, un système de lanceurs d’alerte et un groupe d’auditeurs [Deloitte] solide. Nous nous sommes associés à Deloitte, qui a été très impliqué dans un certain nombre de ces initiatives sportives, et nous allons certainement relever certains défis au cours des prochaines années. »

Une conséquence inattendue des budgets plafonnés sera aussi la capacité des équipes à produire, dans les limites financières autorisées, des pièces de rechange, en cas de crash à répétition. Il faudra faire attention… Haas et Williams ont déjà souffert de ce type de pénuries par le passé. Cela aura des conséquences en termes d’usure des pièces et donc de performance.

Le chef aérodynamicien de Haas, Ben Agathangelou, l’a confirmé : « Je pense qu’il sera plus évident, une fois que nous aurons atteint un plafond budgétaire, qu’il y faudra tirer un peu plus de longévité des composants. »

Surveillance dans le paddock, synergies entre équipes, pièces très usées en fin de saison : les budgets plafonnés auront peut-être des conséquences surprises cette année !

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