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Covid-19 : quand l’OMS pointait le risque des ‘rassemblements de masse’ comme les GP de F1…

La F1 a une responsabilité majeure de santé publique

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Par A. Combralier

26 février 2020 - 12:17
Covid-19 : quand l’OMS pointait le (...)

Le virus se répand, la F1 s’interroge

L’épidémie de Covid-19 a franchi un nouveau cap, particulièrement inquiétant, ces derniers jours, au point que l’OMS juge le risque de pandémie de plus en plus probable. La F1 a déjà été atteinte avec le report, logique, du Grand Prix de Chine.

Compte tenu de l’évolution de l’épidémie, le Grand Prix du Vietnam, le troisième de la saison (prévu le 5 avril), est lui aussi menacé – même si le nombre de cas dans ce pays (16) demeure encore bien inférieur en comparaison de la Chine.

Un premier cas a été par ailleurs signalé en Catalogne, alors même que les essais de Barcelone y ont lieu cette semaine. L’Australie, terre du premier Grand Prix en mars, compte elle aussi 22 malades. Et bien sûr, l’épidémie s’est largement étendue en Italie et menace de perturber toute la saison européenne.

Dans cette perspective, plusieurs manifestations sportives d’importance ont déjà annulées en Europe, notamment en Italie, où la moitié des matchs de la dernière journée de Série A a été reportée.

La F1, qui se rendra au Vietnam en avril et en Espagne dès le mois de mai (avant, le même mois, de partir pour Monaco, où un premier cas a été confirmé…), a donc une responsabilité majeure dans ce contexte : en effet, la F1 est un sport mondial par essence, qui rassemble à chaque évènement des centaines de milliers de personnes, venus parfois de tous les continents.

L’OMS pointait dès 2016 le risque des rassemblements de masse tels que les GP de F1

C’est pourquoi l’OMS, dans des recommandations réactualisées en 2016, avait averti sur les risques potentiels causés par ce qu’elle appelle les « rassemblements de masse » (RM). Selon l’institution onusienne sise à Genève, les rassemblements de masse sont des « manifestations auxquelles assistent suffisamment de personnes pour que les ressources de santé publique d’une communauté, d’un État ou d’une nation risquent d’être lourdement sollicitées. Les rassemblements de masse sont de plus en plus prisés et attirent un nombre croissant de participants internationaux. » Les Grands Prix de F1 rentrent donc directement, il va sans dire, dans cette catégorie.

Selon l’OMS, ce type de rassemblements pourrait particulièrement poser problème en cas d’épidémie. En effet, les « RM » exercent des « pressions supplémentaires sur les systèmes de santé. » « Il peut s’avérer difficile, voire impossible, d’appliquer des mesures d’hygiène systématiques pendant les RM » précise l’OMS, ajoutant que des « maladies non endémiques peuvent s’introduire très facilement pendant la manifestation et se propager rapidement. » De surcroît, les « dimensions internationales de certaines manifestations (langues, cultures, etc.) compliquent la communication sur les risques. » En définitive, ce type de rassemblements constituerait une « mise à l’épreuve pour la santé publique » selon l’OMS.

Certes, les États se préparent de manière sérieuse et concertée pour accueillir ce type d’évènement – l’OMS les assiste par son expertise technique ; certes, leur vigilance sera encore renforcée en cette période d’incertitude. Mais au vu des risques dégagés par l’OMS dans ce type d’évènements, la FIA et la FOM devront rapidement se poser une question fâcheuse : la F1 peut-elle prendre le risque de « mettre à l’épreuve » les systèmes de santé publique ?

Les États membres de l’OMS se doivent normalement de respecter les consignes du Règlement Sanitaire International de 2005 (qui a force obligatoire) dont l’objet est de prévenir la propagation internationale des maladies. L’OMS a justement renforcé la portée de ces obligations, en déclarant une « urgence de santé publique de portée internationale » (USPPI) à propos du Covid-19 (une USPPI « s’entend d’un événement extraordinaire dont il est déterminé qu’il constitue un risque pour la santé publique dans d’autres États en raison du risque international de propagation de maladies et qu’il peut requérir une action internationale coordonnée. »). La responsabilité du monde de la F1 en ressort ainsi renforcée.

Qui a aujourd’hui compétence pour reporter et annuler des Grands Prix ?

Cependant, en raison du principe de souveraineté nationale des États, rappelée par l’article 2 de la Charte des Nations Unies, ni l’OMS ni l’ONU n’ont compétence pour annuler, ou même « limiter et modifier » l’organisation de rassemblements de masse. L’OMS peut conseiller les États, mais pas s’y substituer.

En l’espèce, toute annulation de Grand Prix ne pourrait provenir que d’autres parties. Tout d’abord, de la FIA et de la FOM qui prendraient leurs responsabilités – comme dans le cas de la Chine.

Mais même si la FIA et la FOM s’y opposent, les autorités nationales (via les préfectures en France, par exemple) pourraient interdire toute organisation de Grand Prix. Cette éventualité est loin d’être chimérique : des manifestations sportives ont été annulées en Italie mais aussi récemment en Suisse.

« Il est certain que des événements qui rassemblent dans un espace étroit sur de longues durées, des personnes qui viennent du monde entier, seront remis en question si l’épidémie continue son évolution actuelle » a ainsi précisé, au Monde, l’épidémiologiste Arnaud Fontanet.

Si l’épidémie continue de se développer, la question de l’annulation des Grands Prix devrait ainsi rapidement être soulevée. Dans le cas d’une évolution défavorable de cette crise, la F1 n’aura d’ailleurs pas le choix.

Retrouvez toutes les photos de la journée d’essais à Barcelone en cliquant ici (galerie mise à jour régulièrement).

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