Comment la W13 a ruiné l’optimisme de Mercedes F1 et Hamilton

Retour sur une genèse et un développement difficiles

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Par Emmanuel Touzot

27 octobre 2022 - 11:07
Comment la W13 a ruiné l'optimisme

Lewis Hamilton a expliqué pourquoi la W13 était une monoplace très difficile à maîtriser. Le pilote Mercedes F1 compare le comportement de sa voiture à la ruée d’un cheval, difficile à prévoir et violente lorsqu’elle se produit.

"C’est comme se faufiler derrière un cheval. Vous essayez de vous rapprocher le plus possible. Quel est le point de rupture avant qu’il ne vous donne un coup de pied au visage ?" compare Hamilton.

"Et vous savez que ça va faire mal quand ça va toucher votre visage. C’est l’une des meilleures façons de dire ce que ça fait quand on essaie de s’appuyer sur la voiture et qu’elle se casse et qu’on ne peut pas la récupérer. Et cette voiture, c’est aléatoire."

"En février, nous étions tous optimistes"

Le septuple champion du monde révèle que la découverte du mauvais niveau de la W13 en piste, lors du shakedown puis des premiers essais, a été très compliquée à gérer. L’optimisme a vite laissé place à l’inquiétude.

"En février, nous étions tous optimistes. Ils nous disaient tous que nous allions avoir une voiture très rapide, et je suis sûr que tous ceux qui travaillaient dessus étaient très excités par tout le dur travail qu’ils ont fait pendant l’hiver. C’est une période très épuisante pour tout le monde dans l’équipe."

"C’est à ce moment-là qu’ils s’épuisent vraiment avec des heures folles. Dans la vie normale, on s’attend à ce que cette période soit plus détendue pour les gens. Découvrir ensuite que ce foutu truc ne fonctionne pas, et que nous sommes en train de rebondir, c’était dur pour tout le monde."

"Tout le monde avait vraiment du mal, je pense. Moi y compris. Tout le monde. Je suis sûr que Toto vous dirait que ça n’a pas été parfait pour lui. Car en février, on était tous vraiment optimistes."

Il a fallu "de nouveaux outils" pour régler les problèmes

Le Britannique ne cache pas que dès son premier roulage au volant de la toute nouvelle monoplace de Brackley, avant même l’introduction des pontons réduits qui ont augmenté la traînée, il a compris que la voiture serait difficile. Cependant, il espérait que le problème puisse se résoudre avant le début de saison.

"J’avais un pressentiment quand j’ai piloté la voiture pour la première fois. Mais il ne faut jamais dire jamais. Nous espérions régler les problèmes avant la première course. Qui sait ? C’est parfois difficile de savoir combien de temps il faudra pour régler ces choses."

"De plus, je n’avais jamais eu de rebonds comme ça. Je ne m’attendais pas à ce que les ingénieurs prennent autant de temps... et ils ne s’attendaient pas à ce que cela prenne autant de temps que ce qu’il leur a fallu pour comprendre la cause des rebonds. Ils ont dû créer de nouveaux outils, toutes ces choses que nous n’avions pas avant."

"Vous vous accrochez juste à l’espoir. Et puis la mise à jour suivante arrive et ne fonctionne pas, et la suivante arrive et ne fonctionne pas. Imaginez les gens qui construisent ces choses et qui voient les performances dans la soufflerie mais pas sur la piste."

"Mais ce qui ne vous tue pas vous rend plus fort et nous sommes toujours debout. Il ne sera pas facile de transformer la voiture en une voiture de pointe pour l’année prochaine, mais je pense que nous comprenons beaucoup mieux pourquoi la voiture est comme elle est."

"Cela a entravé une grande partie de mes week-ends"

Hamilton revient sur un début de saison consacré essentiellement à l’amélioration de la voiture. Pour cela, il a travaillé sur des réglages très éloignés des plus classiques, et ce tous les vendredis. De quoi compliquer ses qualifications et surtout ses courses en début d’année, jusqu’à la pause estivale. Depuis, il brille davantage face à George Russell.

"Ça a été un tas de choses différentes depuis le début. Les rebonds étaient le plus important et le plus visible. Mais les caractéristiques aéro sont difficiles, la rigidité globale de la voiture au point que la suspension est assez inutile. C’est plus rigide que les pneus, donc, les pneus s’écrasent et rebondissent, donc on rebondit sur les pneus aussi."

"Et puis il y a les caractéristiques aérodynamiques. La traînée est un énorme problème pour nous. Quand on arrive à une certaine vitesse, c’est là que les autres s’éloignent. C’est quand vous freinez et que l’avant s’incline et l’arrière remonte et l’aéro transfert pendant cette période et quand vous mettez de la puissance."

"C’est différent entre la basse et la haute vitesse. Il y a beaucoup de problèmes. C’est pourquoi j’ai littéralement tout essayé. J’ai essayé tous les réglages possibles et imaginables. C’est ce que je faisais au début de l’année."

"L’idée d’être le plus performant possible et d’obtenir le meilleur résultat de chaque week-end m’aurait plu, mais je voulais vraiment résoudre les problèmes. Je me suis dit que j’allais sacrifier toutes les séances pour être capable de trouver plus de données et d’informations."

"Je disais aux ingénieurs qu’ainsi, lorsque nous retournions à l’usine, ils avaient une meilleure compréhension de ce qui se passait. Mais en fin de compte, cela a entravé une grande partie des week-ends."

Aucun problème avec Russell

Le Britannique a connu une saison difficile et Russell est devant lui, mais il explique que cela est aussi dû à leur différence d’aisance dans l’équipe, qui a fait que Russell était concentré sur son programme : "L’année a été inhabituelle. George fait un excellent travail. Je n’ai aucun problème avec lui."

"Il n’y a pas de problèmes de fond entre nous. George et son équipe n’ont pas la même expérience, évidemment. Mais c’est parce que je suis ici depuis longtemps. J’ai de grandes et profondes conversations avec les gens avec qui je suis depuis 10 ans."

"Ainsi, Andrew Shovlin et moi pouvons avoir des disputes, mais des disputes constructives. George, c’est sa première année dans l’équipe, donc il est arrivé et il fait simplement son travail du mieux qu’il peut, avec très peu de mouvements de mise en place."

"Je fais des allers-retours ici et là, avec différents ailerons, plein de choses différentes et j’aime ça, de toute façon. Si nous arrivons l’année prochaine et que nous avons une voiture avec laquelle nous sommes plus heureux, alors nous pourrons nous concentrer sur cet ensemble... sans avoir à faire des folies avec les réglages."

"Nous pourrons alors livrer une meilleure bataille. S’il termine en tête à la fin de la saison, je ne ressens pas grand-chose, nous ne sommes pas dans la lutte pour le championnat. Nous sommes quatrième et sixième. Si c’était la première et la deuxième place, ce serait différent."

La "fatigue" arrive après plusieurs week-ends

Ne pas savoir à quel niveau serait la voiture en début de week-end n’était pas toujours facile, et la découverte du véritable potentiel de la W13 sur chaque circuit était parfois compliqué et décevant, raconte Hamilton.

"Au début, ça ne semblait pas trop difficile. Mais c’est sûr que ça commence à vous fatiguer parce que vous êtes dans l’espoir de revenir et puis... tout à coup, on commence à avoir ces courses où l’on arrive à la deuxième place et puis la course suivante, la voiture un week-end est bonne. Donc vous ne savez pas."

"Vous faites tout le travail dans le simulateur, puis le simulateur vous dit quelque chose de différent de ce que vous obtenez sur la piste. C’est juste une année confuse d’émotions."

"Vous pensez que les simulations sont bonnes et la voiture se sent bien ce week-end ou les ingénieurs disent ’ok, nous avons une amélioration qui vaut trois dixièmes’. Mais vous arrivez et c’est un dixième plus lent, et vous êtes embarrassé."

Il a été "meilleur" que dans ses autres années difficiles

Hamilton a finalement abandonné l’idée de se concentrer uniquement sur ses performances cette année, mais il a travaillé d’arrache-pied pour faire progresser l’équipe, notamment à l’usine. Il pense avoir été un meilleur équipier qu’il ne l’était auparavant pour tous les gens de Mercedes F1.

"Je pense que j’ai appris à ne pas me faire d’illusions. Il vaut mieux ne pas s’attendre à tout et si c’est bien, tant mieux. En termes de préparation, je pense que nous sommes meilleurs maintenant. J’ai l’impression que c’est une année où l’on est moins concentrés parce qu’il y a tous ces autres éléments qui affectent cela."

"Je me prépare mieux que jamais. Ma physio a été plus rigoureuse et plus régulière que jamais auparavant. Mon régime alimentaire est plus sain qu’avant, je suis plus strict que jamais avec le temps que les gens me prennent, même l’équipe a moins de temps de ma part, ce qui me permet de me concentrer sur les week-ends."

"J’ai plus de temps à l’usine par exemple. Mais c’est du temps supplémentaire que je donne. Mais je pense que les inconnues autour de la voiture ont été sporadiques et imprévisibles. Il y a toujours des choses à tirer des apprentissages. Ce n’est pas comme si je n’avais jamais vécu une saison comme celle-ci."

"Je dirais certainement que j’ai été meilleur que les autres fois où j’ai eu des années comme celle-ci. Au sein de l’équipe, je pense que j’ai été un meilleur coéquipier pour mes collègues que je ne l’ai jamais été auparavant et je pense qu’en dehors, dans ma vie extérieure, j’ai eu un équilibre encore meilleur que par le passé."

L’équipe devrait changer drastiquement de concept en 2023, et Hamilton ne sait pas à quoi s’attendre : "Il ne sera pas facile de transformer la voiture en une voiture de pointe pour l’année prochaine, mais je pense que nous comprenons beaucoup mieux pourquoi la voiture est comme elle est."

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