Comment Ferrari a changé de culture grâce à l’échec de 2020

Binotto ne voulait plus "pointer du doigt" les erreurs

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Par Olivier Ferret

9 juin 2022 - 09:33
Comment Ferrari a changé de culture (...)

Ferrari a beaucoup perdu en performances entre 2019 et 2020, à la surprise générale. Mattia Binotto, le directeur de l’équipe a toujours nié que c’était dû au fait que la Scuderia ait dû complètement refaire son moteur suite à l’accord secret passé avec la FIA.

Aujourd’hui, il revient avec un peu plus d’explications sur cet épisode. Selon lui, le fait de ne plus pouvoir compter sur autant de puissance à eu un double impact sur la performance des Rouges.

"La façon d’exploiter le moteur était suffisamment puissante pour que nous ayons un désavantage significatif l’année suivante que nous ne nous attendions pas à avoir," explique Binotto.

"Cette année-là, Ferrari n’était pas la seule à perdre de la puissance sur la grille. La plupart des constructeurs ont perdu de la puissance à ce moment-là. Mais nous étions ceux qui perdaient le plus de puissance et cela nous a fait passer d’un avantage à un net désavantage."

"En plus de cela, nous avons conçu la voiture 2020 en pensant que nous avions un avantage sur l’unité de puissance, nous l’avons donc conçue pour beaucoup d’appuis, acceptant beaucoup de traînée."

Lorsque les performances du moteur se sont évaporées, Ferrari s’est retrouvée avec "une voiture très lente dans les lignes droites. La voiture n’a pas été correctement conçue avec les bons objectifs de puissance, disons-le ainsi."

La difficile saison 2020 a servi à reconstruire Ferrari

Ferrari n’avait aucun moyen de la développer ensuite puisque la F1 est passée en mode survie avec le Covid-19, et l’une des mesures d’urgence a été d’interdire le développement en cours de saison en 2020.

"Nous n’avons pas eu l’occasion d’améliorer la voiture pendant la saison elle-même. Ce fut un moment difficile, car je ne pense pas que les fans l’aient compris - ou, de manière générale, les gens qui regardent la F1."

Le résultat a été la saison la moins compétitive de Ferrari depuis 40 ans. Dans le passé, un directeur d’équipe de Ferrari qui passait une telle année pouvait s’attendre à perdre son emploi, mais l’entreprise a gardé confiance en Binotto.

"A l’époque, notre PDG était Louis Camilleri et il avait la vision, il comprenait que le plus important était de donner de la stabilité à l’équipe. Il a compris que nous avions déjà entamé un processus de construction."

Cela, admet Binotto, a représenté un énorme changement culturel chez Ferrari. La clé de tout cela est l’adoption d’une philosophie qui a contribué au succès de Mercedes au cours des huit dernières années - une "culture sans reproche".

"Nous avons beaucoup travaillé là-dessus. Cela prend l’erreur davantage comme une opportunité de tirer une leçon, plutôt que de blâmer et de pointer du doigt. Il s’agit d’être assez courageux pour entendre, écouter et faire quelque chose qui est vraiment ouvert d’esprit. Il s’agit de travailler en équipe, un seul individu comprenant la responsabilité commune."

Une erreur d’avoir occupé deux postes simultanément

En 2019, Binotto a aussi combiné le rôle de directeur d’équipe avec son celui de directeur technique en charge du châssis et du moteur.

"Mais on ne peut pas bien faire dans les deux postes. Ce n’est qu’à ce moment-là que nous sommes entrés dans une organisation où je n’étais plus directeur technique, mais nous avons des responsabilités claires."

Le responsable de la conception du châssis, Enrico Cardile, est ce que d’autres équipes appelleraient un directeur technique en tout sauf son nom. Un autre Enrico, Gualtieri, a repris les anciennes responsabilités de Binotto sur l’unité de puissance.

"Cardile venait du monde des voitures de route chez nous et il n’avait certainement pas les compétences spécifiques à la F1. Mais depuis lors, il a passé cinq ans sur les questions techniques de la F1, il est donc beaucoup plus fort, et c’est la même chose pour tout le monde dans son rôle. Cinq ans plus tard, nous avons des compétences plus fortes et de meilleures personnes."

Mais cela n’a pas été un processus entièrement interne. Au cours des trois dernières années, "Ferrari a recruté plus de 30 personnes d’autres équipes, des personnes qui ont apporté de nouvelles idées, de nouvelles méthodologies."

"L’équipe, c’est les gens, la culture, les outils et la méthodologie. La voiture est simplement le produit de l’équipe, à partir de 2017 on avait une bonne base, mais pas avec la bonne expérience, les bonnes compétences et les bons outils. Depuis lors, étape par étape en passant par 2019, 2020, nous sommes arrivés là où nous en sommes aujourd’hui."

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