Formule 1

Cinq ans avant sa mort, Senna avait voulu modifier le virage fatal de Tamburello

Berger raconte, en coulisses, le week-end d’Imola

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Par A. Combralier

4 mai 2019 - 18:09
Cinq ans avant sa mort, Senna avait (...)

Ancien coéquipier – et grand ami – d’Ayrton Senna chez McLaren, Gerhard Berger pilotait pour Ferrari en 1994, lors du terrible Grand Prix d’Imola. Dans une interview, le pilote autrichien a raconté, en coulisses, ses émotions et le week-end d’Ayrton, 25 ans après la disparition du Brésilien.

Berger révèle, entre autres, que Senna et lui avaient déjà prévu que le pire arriverait à Tamburello dès 1989…

« Ce fut un week-end fou » se rappelle Berger, qui n’a bien sûr pas oublié l’accident spectaculaire de Rubens Barrichello le vendredi, et la mort de Roland Ratzenberger le lendemain.

« Il y avait eu aussi des incidents terribles durant la course. C’était comme si dix années de danger en F1 s’étaient concentrés en un seul week-end vraiment étrange. »

« J’avais eu un accident au même virage qu’Ayrton en 1989. A l’hôpital, j’avais reçu un appel d’Ayrton et il m’avait demandé comment j’allais. Je lui ai dit que j’étais blessé, que je souffrais des cicatrices puisque ma voiture avait pris feu. Mais je lui ai dit ‘Ayrton, nous devons bouger ce mur parce qu’un jour, quelqu’un va mourir’. Il était d’accord.’ »

« En 1990, lors du Grand Prix suivant à Imola, nous sommes allés voir ce que nous pouvions faire. Je m’en rappelle comme si c’était hier. Au déjeuner, Ayrton et moi avons marché des stands jusqu’au virage de Tamburello. Nous avons étudié le mur et derrière lui, il y avait une rivière. Nous nous sommes regardés… et nous avons dit qu’il n’y avait rien que nous pouvions faire. »

« Il n’y a pas d’espace derrière le mur, nous ne pensions pas possible de mettre une chicane pour ralentir les voitures, et nous avons juste accepté le virage pour ce qu’il était. Nous n’avons donc rien fait. »

« C’est à Tamburello qu’Ayrton décéderait des années plus tard. »

Si Roland Ratzenberger ne trouva pas la mort dans Tamburello, son décès subit, le 30 avril 1994, ne manqua pas de plonger Berger et Senna dans une tristesse vive et une vigilance redoublée.

« Après la mort de Roland en qualifications, nous sommes allés au briefing des pilotes le dimanche matin avant la course, et Ayrton m’a dit que la semaine qui suivrait, nous devrions agir pour rendre ce sport sûr » poursuit l’ancien pilote McLaren et Ferrari.

« Sur la grille, Michael Schumacher était derrière Ayrton, et j’étais derrière Michael. Je me souviens, Ayrton riait derrière son casque. Il était toujours heureux quand quelque chose de bien m’arrivait. C’est la dernière fois que je l’ai vu. »

« Je me rappelle exactement du moment où Ayrton est sorti de la piste. J’ai pensé qu’il avait heurté le mur dans un angle qui était bon, et qu’il n’y aurait pas de problème. Ils ont arrêté la course et j’ai vu Bernie Ecclestone dire qu’Ayrton était sorti de la voiture. Je pensais qu’il signifiait que tout allait bien, donc je n’ai rien demandé d’autre et la course a repris normalement. »

« Au 16e tour, j’ai abandonné sur problème mécanique. Je me rappelle m’asseoir dans le garage Ferrari… quelqu’un est venu me voir, et me dit qu’Ayrton se battait pour sa vie. Ensuite, quelqu’un m’a dit que ça ne se présentait pas bien pour Ayrton. Donc j’ai arrangé un hélicoptère pour aller le voir à Bologne, à l’hôpital. »

« Le professeur Sid Watkins était là, il m’a dit que ça ne se présentait pas bien lui aussi, mais m’a demandé si je voulais le voir dans le bloc opératoire. J’y suis allé. Et ils travaillaient sur sa tête, qui était recouverte. Mais il était déjà mort. Nous sommes restés devant lui pendant un moment et nous sommes partis. Immédiatement après, sa mort a été confirmée. »

Berger explique que la mort de Senna aurait bien pu lui faire prendre une retraite anticipée…

« J’ai songé à arrêter la F1. Deux jours plus tard, j’ai décidé que je continuerais à courir. La situation est redevenue normale assez vite, parce que la course est la course. Mais parfois je pensais : Merde, imaginons si Ayrton avait toujours été dans la Williams quand Damon Hill et Jacques Villeneuve ont remporté leurs titres… »

« S’il avait survécu, je ne pense pas qu’un autre pilote qu’Ayrton aurait gagné un championnat de 1994 à 1999. »

25 ans après, Berger dit avoir perdu « un collègue, et un ami. »

« C’était très dur. Mais vous savez, ce genre de choses arrive dans notre sport. Vous devez faire avec. »

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