Formule 1

‘Ce n’est pas la F1 dont je suis tombé amoureux’ : désabusé, Vettel déplore un ‘sport d’avocats’

‘Nous devrions pouvoir dire ce que nous pensons, mais ce n’est pas le cas.’

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Par A. Combralier

10 juin 2019 - 01:08
‘Ce n'est pas la F1 dont je suis (...)

Sebastian Vettel a fait parler de lui pendant et surtout après le Grand Prix du Canada. Le pilote Ferrari n’a aucunement digéré sa pénalité de cinq secondes, qui l’a privé de la victoire, en assurant que seuls des « aveugles » auraient pu prendre une telle décision.

Après l’arrivée, l’Allemand a saisi le panneau « #1 » devant la monoplace de Lewis Hamilton, pour le mettre sur l’emplacement où aurait dû se trouver sa Ferrari – si Sebastian Vettel ne l’avait pas garé à l’entrée des stands à la suite d’une incompréhension. Un geste mi-cocasse, mi-rageur, qui restera dans les images fortes de la saison.

Même si Sebastian Vettel semblait avoir dompté sa colère sur le podium, il n’est pas moins apparu désabusé et dubitatif en conférence de presse. Le quadruple champion du monde a estimé que ce genre de décisions était de nature à remettre en question son amour pour le sport… Rappelons que cette semaine, Sebastian Vettel avait dû démentir avec force des rumeurs l’envoyant à la retraite à la fin de la saison.

Le pilote Ferrari s’est ainsi livré à un vibrant plaidoyer pour la F1… et contre la politique et les décisions trop réfléchies des commissaires, qui pollueraient le sport.

« J’adore vraiment courir. Je suis un puriste et j’adore vraiment regarder les courses du bon vieux temps, les vieilles voitures, les vieux pilotes. C’est un honneur de faire ce que vos héros faisaient, d’une certaine manière. Donc j’adore tout cela. »

« Je souhaite juste être aussi bon que je le suis aujourd’hui… mais je voudrais évoluer plutôt à leur époque, plutôt qu’à la mienne. Ce n’est pas seulement lié à la décision de ce Grand Prix. Mais c’est juste quand j’entends la manière avec laquelle les gens parlent, quand ils viennent se plaindre à la radio comme ils le peuvent aujourd’hui. Nous avons aujourd’hui une sorte de langage officiel, et je pense que ce n’est pas une bonne chose. »

Sebastian Vettel, qui n’a jamais eu sa langue dans sa poche, regrette l’immixtion du politiquement correct, et de la politique tout court, dans le sport auto.

« Nous devrions pouvoir dire ce que nous pensons, mais ce n’est pas le cas. Donc à certains égards, je ne suis pas d’accord avec la forme que prend le sport aujourd’hui. Vous avez toutes ces expressions, ‘J’ai gagné un avantage, je n’ai pas gagné d’avantage…’ Tout cela, je ne pense pas que ce soit bon. »

« Ce n’est pas vraiment ce que nous faisons dans la voiture. C’est de la course – c’est du bon sens que de le dire. Bien sûr, s’il y a un danger sur la piste, vous ralentissez. C’est assez peu naturel de continuer à accélérer et à rouler dans une voiture, en disant après ‘cette voiture n’aurait pas dû se trouver là’. »

Sebastian Vettel évoque l’amour que portent le public – et lui-même – à la discipline reine du sport auto, pour contester à nouveau la décision des commissaires.

« Lewis devait réagir, je ne sais pas à quel point il était proche. J’ai regardé dans les rétros, il était vraiment proche, mais pour moi, c’est la course. Les vieux pilotes de F1, les gens dans le public, seraient d’accord avec moi : c’est juste la course. Mais de nos jours c’est juste… Je n’aime pas cela. »

« Nous ressemblons un peu tous à des avocats utilisant un langage officiel. Cela ne donne plus aucune place aux gens, au sport. Ce n’est pas le sport dont je suis tombé amoureux, quand je le regardais étant enfant. Cela me fait mal, bien sûr, aujourd’hui, parce que cela affecte mon résultat en course, mais je pense que le tableau à considérer est plus vaste encore. Demain, je me réveillerai et je serai juste déçu. »

« Je revenais sur la piste et je m’assurais de garder la voiture sous contrôle. Une fois que j’en ai repris le contrôle, j’ai vu dans les rétros que Lewis était juste derrière moi. Je ne pense pas que j’aurais pu faire quelque chose d’autre, je ne vois pas où était le problème. »

« Je n’aurais pu faire plus. Comment ? J’ai deux mains, je les avais sur le volant pour essayer de garder la voiture sous contrôle ! »

Ce que Sebastian Vettel apprécie dans le sport aujourd’hui en revanche, c’est l’immense respect entre lui et Lewis Hamilton, qui s’est une fois de plus matérialisé sur le podium de Montréal.

« Lewis et moi, nous nous témoignons un respect formidable entre nous, et nous avons tant réussi dans ce sport. Nous sommes bénis d’être dans cette situation. L’un d’entre-nous gagnera, l’autre perdra, mais cela ne changera rien pour nous. Je ne suis pas heureux de toutes ces plaintes que vous entendez tout le temps. »

A la radio, Lewis Hamilton s’était tout de même plaint, justement, envers Sebastian Vettel après cet incident, en assurant que le pilote Ferrari avait regagné de manière abrupte la piste. Mais au-delà de cet incident isolé, la pénalité de cinq secondes pourrait-elle remettre en question l’amour que porte Sebastian Vettel à la discipline ? Mattia Binotto va devoir exceller en câlinothérapie ces prochains jours !

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