Budgets plafonnés en F1 : vers un assouplissement pour les petites équipes ?

Les budgets d’investissement doivent être ajustés pour elles

Par Alexandre Combralier

27 mars 2023 - 13:55
Budgets plafonnés en F1 : vers un (…)

Les budgets plafonnés ont été introduits par la FOM, sous l’impulsion de Chase Carey en particulier, dans un but triple : mettre fin à la guerre des coûts en F1 ; rapprocher la compétition ; et rendre le sport plus rentable et attractif pour les investisseurs.

Force est de constater que les budgets plafonnés ont fonctionné jusqu’ici : les équipes sont en excellente santé financière et les écarts dans le peloton sont faibles (Red Bull exceptée). Les investisseurs comme Audi sont aussi attirés par la prévisibilité des dépenses (tandis que les recettes explosent !)

Mais la F1 pourrait bientôt corriger quelques travers de ces budgets plafonnés.

A commencer par les budgets d’investissement. Pour le moment, ils ne sont pas, en partie, décomptés dans les budgets plafonnés : cela concerne les budgets pour construire une nouvelle usine ou un nouveau simulateur.

Cela veut dire par exemple que Lawrence Stroll peut dépenser « sans compter » pour construire la nouvelle usine d’Aston Martin F1 ou le nouveau simulateur. Il s’agit donc d’un sujet d’inégalité entre les équipes : car si Red Bull investit par exemple des millions et millions dans un simulateur, les bénéfices en seront évidents sur le long terme. Cela signifie aussi que certaines dépenses d’investissement pourraient cacher certaines dépenses de fonctionnement, elles plafonnées.

Les autres dépenses d’investissement, tenant à la performance des voitures, doivent elles être inclues dans la limite des 135 millions de dollars.

Et cela serait vu comme un autre point d’inégalité : car cette disposition empêcherait des équipes mal classées de refaire leur retard. La double peine, en somme.

C’est la raison pour laquelle des discussions seraient menées pour assouplir la règle des budgets plafonnés sur les investissements : afin que les équipes, notamment du milieu de grille, aient plus de latitude pour acheter de nouvelles machines-outils, de nouveaux ordinateurs, etc.

Williams en pointe pour… augmenter les dépenses !

James Vowles, nouveau directeur de Williams, a particulièrement poussé pour cette mesure : et on comprend pourquoi puisque Williams, après des années de sous-investissement, doit refaire son retard. Avec l’aide de l’argent de Dorilton Capital qui afflue désormais. Mais donc avec la limite des budgets plafonnés.

Comble du comble, ce seraient donc des équipes de fond de grille qui demanderaient, désormais, une règle sur les budgets plafonnés moins rigide ! Elles qui ont poussé pour une introduction de règles strictes par le passé. Cela signifie aussi que les budgets plafonnés ont tellement bien marché que les équipes jadis menacées de disparition, sont aujourd’hui désireuses de plus investir.

James Vowles a expliqué le sens de sa prise de position qui pourrait surprendre à première vue : Williams ne risque-t-elle pas de relancer la course aux armements budgétaires ?

« Je pense personnellement que si nous voulons une méritocratie, nous devons donner à mon équipe la possibilité de rattraper certaines des grandes équipes et d’avoir les mêmes ressources. »

« Il y a certains éléments que je considère comme fondamentaux, qui sont en place dans d’autres équipes depuis près de 15 ans. »

« Par exemple, il existe des logiciels qui vous permettent de bien comprendre où se trouvent toutes vos pièces, et ils n’existent tout simplement pas [chez Williams]. »

« Par conséquent, ce qui m’impressionne, c’est qu’avant que je ne rejoigne l’équipe, ils ont construit la voiture que vous voyez devant vous, 15 000 pièces assemblées qui s’ajustent, fonctionnent et semblent courir assez rapidement. C’est un exploit incroyable. »

« Mais il est clair que ce n’est pas ainsi que nous pouvons aller de l’avant. Nous avons donc besoin de softwares et de structures en place. »

James Vowles est appuyé en cela par Otmar Szafnauer : le patron d’Alpine lui cherche à améliorer les structures d’Enstone, mais est bloqué par le règlement actuel.

« Ce que les budgets plafonnés font, c’est de solidifier certaines inégalités inhérentes. »

« Si vous êtes une petite équipe et que vous ne disposez pas d’une grande soufflerie, par exemple, et que vous ne pouvez pas en construire une, vous êtes foutu pour toujours. C’est pourquoi il existe une dérogation pour les nouvelles souffleries. »

« Et je pense qu’il y a d’autres infrastructures et outils concernant la soufflerie qui devraient être traités de la même manière. Des choses comme les bancs d’essais pour freins ou pour moteurs, à échelle réelle, que les grandes équipes ont et qu’une petite équipe n’a pas. »

« Si vous n’autorisez pas ces dépenses, l’inégalité subsistera à jamais. Cela signifie que l’on se fait avoir pour toujours et je pense que ce n’est pas bien. »

Comment changer la règle ?

Mais les écuries de pointe, qui disposent déjà de très bonnes infrastructures, vont-elles accepter ce changement de règlement ? Cela ne serait pas en leur faveur, alors qu’elles sont déjà théoriquement pénalisées par la limitation des budgets de fonctionnement !

Pour qu’un changement de règlement soit approuvé en 2024, il faudrait l’accord de 6 équipes, en plus de la FIA et de la FOM. Red Bull, Ferrari, Mercedes ne pourront pas forcément donc tout bloquer.

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