Formule 1

Manor, retour sur l’histoire d’un inévitable échec

Née avec des difficultés traînées jusqu’à la fin

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Par Emmanuel Touzot

28 janvier 2017 - 15:58
Manor, retour sur l'histoire d'un (...)

La mauvaise nouvelle est malheureusement tombée en cette fin de semaine : en proie à des difficultés depuis de nombreuses années et de nouveau mise sous administration judiciaire pour trouver un repreneur, Manor a finalement mis la clé sous la porte et ne prendra pas part à la saison 2017. Retour sur l’histoire courte mais tumultueuse d’une équipe sympathique et combattive.

Voyant la fuite des constructeurs se préciser, avec les départs conjoints de BMW et Toyota, un an après Honda, la FIA décide de faire un appel d’offre pour recruter trois équipes supplémentaires et éviter ainsi l’emploi de la fameuse troisième monoplace pour les grosses écuries.

Parmi elles, l’équipe Manor Grand Prix est retenue, portée par une association entre Manor Motorsport et Wirth Research. La première est une structure de F3 Euroseries qui a fait rouler par le passé des pilotes comme Lewis Hamilton et Kimi Räikkönen, et désireuse de grimper les échelons. La deuxième est une entreprise spécialisée dans la conception aérodynamique par ordinateur, qui sera la méthode de création de la première monoplace de l’équipe.

De son côté, Richard Branson a déjà mis un pied en Formule 1 avec sa marque Virgin en sponsorisant Brawn GP en 2009 et franchit le pas en devenant sponsor titre de l’équipe qui devient Virgin Racing.

L’équipe arrive à attirer un bon duo de pilotes avec Timo Glock, orphelin de l’équipe Toyota, et Lucas Di Grassi, alors pilote de GP2. Malheureusement, la conception par ordinateur montre ses limites et l’équipe se rend rapidement compte que la voiture possède un réservoir d’essence trop petit, causant de nombreux abandons et obligeant les pilotes à tourner au ralenti une partie de la course s’ils veulent terminer celle-ci. Avec une quatorzième place comme meilleur résultat, elle termine dernière du championnat.

Une partie des parts de l’équipe est revendue au constructeur russe, Marussia, et l’équipe devient Virgin Marussia pour la saison 2011, lors de laquelle elle conserve toutefois Timo Glock. Di Grassi est remplacé par Jérôme d’Ambrosio.

La voiture n’est pas meilleure que celle de la saison précédente et c’est de nouveau à la dernière place du classement qu’elle termine, ne faisant pas mieux que la quatorzième place obtenue à Melbourne. Les difficultés se poursuivent donc et Richard Branson préfère vendre les 20% qu’il possède dans l’équipe à Marussia qui en prend donc le contrôle et l’engage sous la bannière Marussia F1 Team.

Ne recevant pas d’offre d’autres équipes, Timo Glock insiste et signe pour une nouvelle saison au sein de l’équipe et change encore d’équipier, rejoint par le débutant Charles Pic. Marussia signe un accord au préalable avec McLaren pour utiliser la soufflerie de Woking, consciente que ce serait le seul moyen de produire une F1 performante.

La voiture n’est toutefois pas une réussite et à la veille des essais hivernaux, elle rate les crash-tests obligatoires de la FIA, l’empêchant de participer aux essais et elle se rend donc à Melbourne avec un simple déverminage dans les pattes.

A Singapour, Timo Glock signe le meilleur résultat de l’histoire de l’équipe avec une douzième place qui lui donne provisoirement la dixième place du classement constructeurs, avant que Vitaly Petrov ne l’offre à Caterham grâce à une onzième place à Interlagos. Un scénario qui malheureusement se répéterait en 2016.

C’est également en 2012 que Marussia fait face à son premier drame lorsque Maria de Villota subit un grave accident en essais sur la piste de Duxford où Marussia fait des essais aérodynamiques en ligne droite. Victime de fractures du crâne et de lésions internes, elle perd l’usage d’un œil dans l’accident et décèdera moins de 18 mois plus tard, des suites du traumatisme subi.

Toujours en proie à des problèmes financiers, aggravés par la perte de la dixième place du classement constructeurs, Marussia fait appel à Max Chilton et Luiz Razia pour piloter ses monoplaces en 2013. Ce dernier perd une partie de ses soutiens peu avant le début de saison et c’est Jules Bianchi, pilote de la Ferrari Driver Academy, qui hérite d’un baquet.

La voiture est un peu meilleure, et les deux pilotes arrivent à se qualifier régulièrement devant Caterham mais très loin du reste du peloton. Max Chilton signe toutefois un record en terminant toutes les courses de la saison et prouve que la fiabilité est enfin arrivée dans l’équipe. Grâce à la dixième place du classement constructeurs, Marussia peut envisager plus sereinement l’année 2014 et reconduit son duo de jeunes pilotes qui donne entière satisfaction. Un accord est également signé pour la fourniture de moteurs Ferrari puisque Cosworth ne produit pas de moteur conforme à la réglementation 2014, avec l’arrivée des V6 turbo hybrides.

L’année verra Marussia connaître le meilleur et le pire moment de son histoire. Le meilleur est évidemment le Grand Prix de Monaco où Jules Bianchi, parfait pendant les 78 boucles de la course monégasque, termine à la neuvième place, ce qui restera le meilleur résultat de l’histoire de l’équipe, et offre deux points mérités aux employés de l’équipe.

Moins de six mois plus tard, le même Jules Bianchi sort de la piste sous drapeau jaune à Suzuka et va percuter la grue chargée de sortir la voiture d’Adrian Sutil du bac à graviers. Le pilote est inconscient et subit de graves lésions cérébrales qui le laisseront dans le coma et qui provoqueront son décès en juillet 2015.

Marussia fait face à des grosses difficultés financières et doit manquer la fin de saison 2014, les déplacements étant trop chers et l’envie n’y étant plus vraiment. En Russie, deux semaines après Suzuka, elle avait décidé de n’engager qu’une seule voiture.

Elle est dans le même temps placée sous administration judiciaire pour qu’un repreneur soit trouvé au plus vite. Marussia se retire du projet et l’équipe est engagée sous le nom de Manor F1 Team en attendant de trouver un nouveau propriétaire.

Gene Haas profite de ces difficultés pour racheter l’usine de Banbury et offrir une base européenne à sa nouvelle équipe, Haas, qui doit faire son entrée dans le championnat.

Les deux dirigeants historiques de l’équipe, John Booth et Graeme Lowdon, continuent l’aventure et engagent l’équipe en 2015 avec le soutien de Stephen Fitzpatrick.

La saison 2015 ne s’annonce pourtant guère meilleure puisque Manor Marussia est obligée d’aligner la même voiture qu’en 2014, tout juste modifiée, et y insère le moteur de la saison 2014, suite au sauvetage effectué à la dernière minute et à l’approbation quelque peu contrariée des autres équipes.

Le début de saison est catastrophique, l’équipe embarque à la dernière minute pour Melbourne mais n’y court pas, faute de matériel suffisant, et les deux pilotes, Will Stevens et Roberto Merhi ne parviennent pas à se qualifier au Grand Prix de Malaisie. Les commissaires font preuve de clémence et autorisent les deux monoplaces à prendre le départ, mais l’Anglais est cloué aux stands à cause d’un problème d’injection.

La saison est vécue en fond de grille et malgré le recrutement de Bob Bell au poste de consultant technique, les performances ne décollent pas. Booth et Lowdon quittent l’équipe en fin de saison et laissent Fitzpatrick seul à sa tête. L’Américain la renomme officiellement Manor Racing.

Pour la première fois depuis sa création, des espoirs sont placés en la saison suivante puisque la voiture engagée y sera nouvelle et qu’un partenariat est signé avec Mercedes et Williams pour les fournitures respectives du moteur et de la boîte de vitesses. Les recrutements de Nicholas Tombazis et Pat Fry dans le département technique ajoutent du sérieux au projet dont les pilotes seront Pascal Wehrlein et Rio Haryanto.

Egalement pour la première fois depuis plusieurs saisons, l’équipe présente sa monoplace lors des premiers essais hivernaux et prend part à toutes les séances organisées avant la première course. La Manor n’est pas une franche réussite mais les progrès sont notables après la catastrophique saison 2015.

Dès le deuxième Grand Prix, Wehrlein passe tout près de la Q2 ! En Autriche, l’Allemand se qualifie à une remarquable douzième place et termine le Grand Prix dixième, inscrivant le troisième et dernier point de l’histoire de Manor.

Faute de soutien suffisant, Haryanto est remplacé après l’été par Estéban Ocon mais les performances sont en chute libre pour Manor qui ne développe plus sa monoplace. Le Français signe une performance remarquable au Brésil où il termine douzième, mais c’est à cette même course que Sauber signe l’arrêt de mort de l’équipe en lui prenant la dixième place du classement.

La perte d’argent est colossale et Fitzpatrick annonce rapidement qu’il recherche un investisseur, avant de reconnaître qu’il recherche plutôt un repreneur puisqu’il a déjà perdu énormément d’argent.

Malgré plusieurs acheteurs potentiels, l’affaire ne se conclut pas, Manor est placée sous administration judiciaire début janvier et un délai de trois semaines est donné pour trouver un repreneur. C’est finalement le 27 janvier que l’annonce est faite, Manor n’a pas été sauvée et ferme définitivement ses portes.

Le plus dur est bien sûr pour les centaines d’employés qui perdent leur travail après avoir courageusement lutté pour la survie de l’équipe durant les dernières années. Le miracle n’aura pas eu lieu et l’issue inévitable à laquelle on ne finissait plus par croire est devenue réalité, et la F1 se prépare à embarquer pour une nouvelle saison sans la présence de la sympathique équipe anglaise.

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