Formule 1

26 ans après, le coéquipier de Ratzenberger se souvient du week-end tragique d’Imola

Un témoignage poignant

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Par A. Combralier

30 avril 2020 - 13:15
26 ans après, le coéquipier de Ratzenberge

En ce 30 avril, la F1 se souvient, comme chaque année, de la mort de Roland Ratzenberger, lors des essais qualificatifs à Imola - un jour avant la disparition d’Ayrton Senna.

Sans avoir bien sûr le talent du Brésilien, Roland Ratzenberger n’avait pas démérité au cours de sa carrière : ancien des 24 Heures du Mans, il avait failli faire ses débuts en F1 (son rêve ultime) en 1991, avec Jordan, avant qu’un sponsor ne l’abandonne au dernier moment.

C’est finalement pour 1994, après une escapade au Japon en F3000, que Roland Ratzenberger réussit à atteindre son Graal : un volant en F1, à 33 ans ! Ce ne serait pas chez Ferrari certes, mais chez Simtek. La saison s’annonçait difficile, avec une monoplace de fond de grille, qui pâtissait de l’héritage laissé par Andrea Moda en 1992 (une seule qualification en F1) et l’interdiction en dernière minute des suspensions actives. Ratzenberger devait ainsi lutter à chaque Grand Prix pour se qualifier (il n’y parvint pas au Brésil).

Alors que l’on pensait tout savoir ou presque sur ce drame qui coûta, pour la première fois depuis 1986 et Elio De Angelis, la vie à un pilote de F1, David Brabham, le fils de Jack, et qui fut le coéquipier de Roland Ratzenberger chez Simtek en 1994, a aujourd’hui livré un témoignage poignant à la BBC.

« Il n’a pas eu la vie facile… » se souvient aujourd’hui David Brabham, qui coupe court à la réputation de « pilote payant » de l’Autrichien.

« Roland n’a pas vraiment été aidé par ses parents - son père n’approuvait pas sa carrière - alors il y est allé seul. »

« Pour moi, c’était le pilote de course idéal - il était en forme, beau et avait un grand sourire. Il était rapide en piste et comprenait la voiture. Il était un véritable atout pour notre équipe. »

Après un début de saison complexe, est alors arrivé le drame, ce 30 avril 1994 à Imola. Alors que l’Autrichien se méfiait de ses freins en carbone, c’est de l’aileron avant qu’est venu le drame : bloqué sous la voiture, l’aileron s’est brisé et la Simtek s’écrasa de plein fouet sur un mur béton, à 300 km/h.

« Je ne me souviens pas de la durée de la séance qualitative » rapporte David Brabham.

« Nous avions fait quelques tours de qualification. Je suis arrivé à Tamburello et le drapeau rouge était sorti - en fait, je pense qu’il était jaune au début. J’ai ralenti. »

« Quand j’ai vu les morceaux de la voiture, et que j’ai vu où la voiture s’est arrêtée, j’étais inquiet - c’était la partie la plus rapide du circuit. Vous y passez à peu près à 300 kilomètres à l’heure. J’ai regardé et j’ai immédiatement pensé qu’il était déjà parti – vu la position de sa tête, vu sa visière qui était levée. »

« Vous vous dites : "Cela ne se présente pas bien", puis votre cerveau se met en mode protection ou quelque chose comme ça. La pensée suivante que j’ai eue… c’était que je devais retourner aux stands pour garder les pneus chauds, ce qui est la chose la plus ridicule à laquelle penser, mais c’est ce à quoi j’ai pensé. »

De retour aux stands, Brabham a alors dit le fond de sa pensée à sa femme – enceinte – dans le garage Simtek.

« Je lui ai juste dit que je ne voyais pas de vie dans la voiture et qu’il était parti, même si j’espérais me tromper. Peu de temps après, cela s’est malheureusement confirmé. »

« Je ne me souviens pas du reste de la journée. Nous avons fermé le garage. Il n’y avait pas beaucoup de gens qui parlaient. Tout le monde était en état de choc. Personne ne pouvait comprendre ce qui s’était passé. »

« Je me suis dit que je devais continuer dans cette équipe et continuer ce que nous faisions. J’ai décidé de courir pour les gars. »

Maudit, ce Grand Prix de Saint-Marin l’était vraiment : le lendemain, David Brabham eut donc à encaisser un gros choc. Il se souvient de ce qu’il ressentit lorsque le drapeau rouge fut brandi à la suite de la sortie de piste de la Williams à Tamburello…

« Vous vous dites : Oh non, pas encore. Vous réalisez alors que c’est Senna. »

« Je ne crois pas avoir appris son décès avant le soir. C’est alors que tout ce week-end m’a atteint et que j’ai éclaté en sanglots. »

Dans la mémoire collective, le nom de Ratzenberge demeure logiquement associé à celui d’Ayrton Senna, tant leurs destins semblaient liés. Mais l’Autrichien n’est-il pas trop systématiquement éclipsé au profit du Brésilien ? Parle-t-on trop de Senna, et pas assez de Ratzenberger ?

Ce n’est pas ce que croit David Brabham, pour qui ce double drame a en réalité permis à la mémoire de son ancien coéquipier de davantage se perpétuer.

« Parlerions-nous encore de Roland 20 ans plus tard s’il avait été le seul à mourir ? Le fait que cela soit arrivé le même week-end que Senna signifie qu’on se souviendra toujours de lui. »

« Il n’y avait rien de mauvais en lui. Il était très charmant et avait un côté amusant - tout le monde l’appréciait. »

« Roland est probablement mort heureux parce qu’il était en Formule 1 - il avait un sourire sur son visage ce jour-là et c’est le dernier souvenir que j’ai de lui. »

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