1958 : Sir Stirling Moss, le champion pas tout à fait sans couronne ?

Le premier titre constructeurs en F1 fut attribué à Vanwall

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Par Alexandre C.

15 janvier 2022 - 18:00
1958 : Sir Stirling Moss, le champion

En 2021, Max Verstappen a été titré au classement pilotes, mais c’est Mercedes qui l’a emporté au classement des constructeurs. Dans l’histoire de la F1, c’est la 11e fois seulement qu’une telle dissociation de vainqueurs, entre les pilotes et les constructeurs, se produit, depuis la création du premier championnat des constructeurs en 1958, remporté par Vanwall.

Si le titre pilotes est le plus prestigieux (dixit Christian Horner), le titre constructeurs est pourtant celui qui rapporte le plus d’argent. Naturellement, ce phénomène très minoritaire (17 % des championnat) augure de saisons très disputées, où les titres se jouent à peu de choses – quand ils ne dépendant pas d’événements improbables voire de drames. Tour d’horizon de quelques saisons…

1958, une saison de chevaliers et de drames

Si le premier championnat de F1 de l’histoire eut lieu en 1950, et fut attribué à Farina, il fallut attendre cependant 1958 pour que le championnat des constructeurs fût créé. Ferrari est passée proche de remporter ce titre, mais pourtant, ce fut une autre équipe, britannique, qui l’emporta. Dès la première saison, une dissociation entre pilote et équipe titrés s’opéra.

Rien ne commença cependant de manière idéale pour Vanwall : pour protester contre un début de saison jugé trop précoce (en janvier, de quoi donner des idées à la FOM !) les équipes britanniques, dont Vanwall, boycottèrent le Grand Prix inaugural en Argentine.

Cependant Vanwall avait des atouts à faire valoir : non seulement la voiture était bien plus compétitive cette année, quoique peu fiable, mais encore Vanwall comptait dans ses rangs un trio magique Tony Brooks, Stuart Lewis-Evans et surtout Stirling Moss.

Le Britannique venait de terminer trois fois vice-champion du monde, derrière Fangio. Mais le monument argentin était à moitié retiré des circuits, laissant planer le doute de son avenir : l’occasion était en or pour Moss d’obtenir un premier sacre si mérité.

Or en face, il y avait l’armada Ferrari : Mike Hawthorn - Peter Collins - Luigi Musso (plus le joker Wolfgang von Trips).

La saison pourrait être résumée ainsi : Moss enchaînait les victoires, quatre au total, mais pâtissait d’une faible fiabilité ; tandis que Hawthorn, malgré une seule victoire, récoltait les points intermédiaires chers à Enzo Ferrari, s’assurant une belle moisson régulière.

Au Grand Prix du Portugal, le titre aurait pu basculer pour Moss. Hawthorn en effet, 2e, était au bord de la disqualification par les commissaires, qui estimaient qu’il s’était relancé en course de manière illégale après un tête-à-queue et un moteur calé (il avait roulé en contresens, profitant du dénivelé, et il avait été aussi poussé par des spectateurs).

Cependant Hawthorn fut in extremis sauvé par… Moss en personne. Chevaleresque et gentleman au possible, même pour l’époque, Moss fit remarquer aux commissaires que Hawthorn s’était relancé depuis l’échappatoire, ce qui rendait légal la manœuvre – du reste Moss lui-même avait conseillé à Hawthorn de repartir ainsi.

Durant ce même Grand Prix, Hawthorn avait signé le record du tour, qui valait, comme de nos jours, un point ; Vanwall en avertit Moss par panneautage (« Hawthorn REC »), mais Moss lut « Hawthorn REG », et de fait, n’accéléra pas.

Or le pilote Ferrari fut titré pour une unité au dernier Grand Prix.

« Tout était alors très confus » se rappelait feu Moss il y a une dizaine d’années. « Nous devions travailler avec des interprètes. Les témoins visuels ont été convoqués pour donner leur vision des choses. Mais le point que je voulais soulever devant les juges était que, selon moi, Hawthorn n’avait rien fait de mal. Les spectateurs avaient essayé de l’aider sans réaliser qu’ils enfreignaient une règle. Ils ont supposé que l’échappatoire qu’il avait empruntée ne faisait pas partie de la piste principale, donc c’était OK, de leur côté, pour pousser la voiture. »

« Oui cela m’a coûté un titre de champion, oui. Et alors [So what] ? Ce que je voulais le puis, c’était le respect entre les pilotes. Bien sûr, ce ne pourrait arriver aujourd’hui. Mais moi, je n’ai pas changé, dans la même situation, mon instinct, ce serait de faire exactement la même chose. C’était la bonne chose à faire. Mais la F1 a changé, mon équipe ne me permettrait jamais de faire quelque chose qui coûte des points à l’équipe. Aujourd’hui, il y a trop d’argent en jeu. »

Moss, le champion avec couronne ?

Une fois encore, Moss, par son geste chevaleresque, et par cette mésentente, vit s’échapper un titre. Ou pas tout à fait…

Car au classement des constructeurs, ce fut bien Vanwall qui remporta le titre, avec 8 points d’avance sur Ferrari (Cooper terminant 3e, BRM 4e).

La régularité de Tony Brooks, 3e du classement pilotes, permit à Vanwall de faire aussi la différence. Cependant Ferrari dut aussi et surtout essuyer la perte terrible de Peter Collins et de Luigi Musso ; Stuart Lewis-Evans décédera également chez Vanwall. Effondré par ces drames, Hawthorn décida d’ailleurs de ne pas défendre son titre mondial l’année suivante.

Ainsi la saison 1958, dès la première attribution du titre constructeurs, vit une dissociation pilote-équipe. Cela était bien sûr lié à la nature serrée du duel Vanwall/Ferrari ; mais aussi aux drames terribles de la période.

En définitive, faut-il enfin continuer à appeler Stirling Moss « champion sans couronne » ? Le titre dans une équipe britannique – lui qui avait toujours refusé de courir pour une équipe italienne, par patriotisme – n’est-il pas aussi le sien ? Moss est peut-être un champion sans couronne individuelle, mais son plus beau sacre aura peut-être été collectif.

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